à Propos

Semaine Saint et Pâques

Jeudi saint

De la deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens

Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là. Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation. Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu (2 Co 5,17-21)


Giotto (1266-1337), la dernière Cène, Chapelle Scrovegni, Padoue, vers 1305, 20x18,5
Sermon de saint Ambroise de Milan, évêque*
"Père s’il est possible, éloigne de moi ce calice." Je ne vois pas qu’il y ait sujet d’excuser le Christ d’avoir dit ces mots, mais nulle part je n’admire davantage sa tendresse et sa grandeur. Le bienfait que me procure la Passion du Seigneur eût été moindre s’il n’avait pris mes sentiments. […] Il a pris ma tristesse pour me donner sa joie, sur mes pas il est descendu jusqu’à l’angoisse de la mort afin que, sur ses pas, je sois rappelé à la vie. Je n’hésite donc pas à parler de tristesse puisque je prêche la croix. C’est que le Christ n’a pas pris de l’Incarnation seulement l’apparence, il en a pris la réalité. Il devait donc aussi prendre la douleur, afin de triompher de la tristesse et non de l’écarter : on ne saurait être loué pour son courage, si l’on n’a connu des blessures que l’étonnement sans la douleur. "Homme de douleurs et connu de la souffrance", il a voulu nous instruire. L’histoire de Joseph** nous avait appris à ne pas craindre la prison ; dans le Christ, nous apprenons à vaincre la mort, mieux encore, à vaincre l’angoisse de la mort à venir.

* Saint Ambroise fut évêque à Trêves en 339, puis à Milan en 371.
** Joseph, au livre de la Genèse, chapitres 37 à 49.
Méditation

  LE RAPPEL DE L'INSTITUTION eucharistique a transformé le Jeudi saint en une fête des prêtres qui, redisant les paroles du Christ, consacrent le pain et le vin.

Si cela n’est pas faux, c’est réducteur. En effet par le baptême, chaque baptisé est prêtre, prophète et roi. Il s’agit du “sacerdoce commun des fidèles“.

Jésus se mettant aux pieds des disciples pour les leur laver et donner sa vie, sa chair et son sang pour eux, ne sont pas des attitudes réservées aux ministres ordonnés, mais bien le serment sacerdotal par excellence et donc celui de qui met ses pas dans ceux du fils de Dieu.

Jean Pierre Brice Olivier, o.p.

* Image : Rouault (1871 - 1958), "toujours flagellé", eau forte, 50,5 x 65, 5, Miserere, edition définitive 1948.

Chronique liturgique
Le Jeudi Saint a lieu la messe chrismale. Dans chaque diocèse, elle réunit les prêtres autour de l’évêque pour une eucharistie au cours de laquelle celui-ci consacre le saint chrême et bénit les huiles utilisées pour l’onction des malades et des catéchumènes.

Le Jeudi Saint fête l’institution de l’eucharistie avec le récit et parfois la gestuelle du lavement des pieds. La célébration est suivie d’une adoration au reposoir qui dans les couvents dominicains est guidée par la lecture des chapitres 15, 16 et 17 de l’évangile de Jean.

Jean Pierre Brice Olivier, o.p.
La prédication du jour

Giotto (1266-1337), le Lavement des pieds, Chapelle Scrovegni, Padoue, vers 1305, 20x18,5

Le Lavement des pieds
Jean 13, 1-15
 
Jésus lave les pieds de ses disciples. Ce faisant, il s'inscrit dans une tradition qui est bien représentée dans la Bible. Et comme cela arrive souvent, le premier geste qui inaugure la série a une importance toute particulière. Quel est donc le premier lavement des pieds dans la Bible ? C'est celui qu'Abraham propose aux trois marcheurs qui passent près de sa tente aux chênes de Mambré. Les invitant dans son campement, il dit : "Qu'on apporte un peu d'eau. Lavez-vous les pieds, puis étendez-vous sous l'arbre" (Genèse 18, 4). Ce passage de la Genèse est essentiel : les trois visiteurs annonceront à Abraham et à Sara qu'un fils leur naîtra malgré leur grand âge.

Que signifie le lavement des pieds ? C'est une opération que des serviteurs réalisent ("Qu'on apporte de l'eau" s'adresse aux domestiques), mais seul le maître peut la décider. Le maître de maison qui fait laver les pieds de ses invités leur signifie que sa résidence est la leur, que tout ce qui est à lui est à eux. On a les pieds lavés quand on est soi-même le maître de la demeure et qu'on reçoit de ses propres serviteurs l'hommage qui est dû (cf 2 Samuel 11, 8), ou bien quand on est un invité de marque que le maître par ce geste rend son égal.

Cette démarche introduit une équivalence qui engage l'une et l'autre parties : le maître accueille ses invités comme ses pareils, et les invités considèrent à leur tour celui qui les reçoit comme leur semblable. Les trois messagers de Mambré sont des anges et l'un d'eux semble même le Seigneur en personne (Genèse 18, 22). Abraham qui a lavé les pieds de ses hôtes se trouve donc lui-même situé à leur rang.

Jésus réunit en sa personne le serviteur qui accomplit l'humble service et le maître qui décide d'accueillir définitivement ses disciples dans sa demeure. Il souligne vigoureusement cet aspect à l'intention de Pierre qui résiste : "Si je ne te lave pas, tu n'auras pas de part avec moi". C'est là le sens ancien et profond du geste qu'il actualise dans toute sa portée : il s'agit pour ses disciples d'être fils avec lui, le Fils, d'être héritiers avec lui, l'héritier. Il s'agit de demeurer dans la maison du Père que lui-même, Jésus, a reçue en partage. Comme il le dira dans les propos qui suivent le lavement des pieds : "Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures" ; c'est là que Jésus prépare des places pour les siens "pour que là où je suis, moi, vous aussi vous soyez" (Jean 14, 2-3).

Jésus accueille ses disciples comme ses égaux : il les appelle ses "amis" (Jean 15, 15), puis ses "frères" au matin de la résurrection (Jean 20, 17). En contrepartie, les disciples peuvent considérer Jésus comme l'un des leurs. Lui, le Fils de Dieu, manifeste par son geste à quel point il fait participer les siens à sa nature divine, à quel point aussi il est partie prenante de la nature humaine.

Le lavement des pieds est-il un service ? Oui, mais au sens biblique de ce terme. Servir ne signifie pas que l'on s'engage à faire les quatre volontés des autres, à tout moment et quelles qu'elles soient. De fait, aucun des disciples n'a demandé à Jésus de lui laver les pieds, Pierre s'avère même réticent. C'est que Jésus ne sert pas les créatures, mais le Créateur dont le projet bienveillant est éminemment serviable "pour nous les hommes et pour notre salut". Et ce projet est que le Christ se fasse l'un de nous pour nous faire participer à la divinité. Dans le geste simple et profond du lavement des pieds, cette vérité est manifestée. Dieu est à nos pieds pour que nous soyons avec lui, en lui, comme lui. Le Peuple de Dieu témoigne de cette mutation de l'humain en Dieu.

Philippe Lefebvre, o.p.
Lectures +
* L’histoire de Joseph dans le livre de la Genèse, les chapitres 37 à 49.
* Les chapitres 15, 16 et 17 de l’évangile de Jean

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