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Viviane de Montalembert

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L'Évangile de Matthieu

Sur la terre comme au ciel : Heureux !

"Heureux !" Le texte des Béatitudes figure dans l’Évangile de Matthieu comme le manifeste du Royaume. Il décrit la façon d’être et de se comporter de ceux qui lui appartiennent. Et il les déclare "heureux".


Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des Cieux est à eux !

Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
Heureux les doux, car ils hériteront la terre !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés !
Heureux ceux qui font preuve de bonté, car on aura de la bonté pour eux !
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu !

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux leur appartient 
                                                                                                           Matthieu 5, 3-101

La clé du texte est à chercher dans la première et la huitième béatitude qui encadrent les six autres. Ce sont les deux seules à mentionner explicitement le Royaume. D’où l’on comprend que la "pauvreté", en même temps qu’elle ouvre l’accès au Royaume, attire la "persécution" de la part de ceux que la Bible couramment appelle les méchants2 — les verbes y sont tous au présent.

C’est à l’intérieur du diptyque "pauvreté"/"persécution pour la justice" que se donnent à voir les six autres béatitudes qui détaillent le comportement de ces "pauvres" qui sont aussi des "persécutés", et la manière dont ils sont "heureux".

"Pauvre en esprit" et "persécuté pour la justice" sont les deux qualités essentielles de ceux qui d’ores et déjà sont citoyens du Royaume. "Pauvre" est celui qui n’a pas d’autre recours dans sa vie que d’écouter la vérité qui se dit dans son cœur, et pas d’autre chemin que de rechercher la "justice" qui s’accorde à cette vérité.

Dans chacune des six autres béatitudes, les deux termes de la phrase sont unis par un lien de subordination, la seconde partie de la proposition, dont le verbe est au futur, étant donnée comme une conséquence immédiate de la première et la révélation de ce qu’elle porte déjà en germe. Ainsi de la "faim" qui anticipe le "rassasiement", et des "larmes" qui précèdent la "consolation".

Les hommes et les femmes qui appartiennent au Royaume, conscients qu’ils n’ont pas en eux-mêmes les moyens de sauver leur propre vie, en effet sont des "doux" : ils héritent la terre ! Ils ont  faim et soif de la justice qui donne à chacun selon son cœur : ils sont rassasiés ! Attentifs au sort d’autrui, ils s’appliquent à donner : ils reçoivent !  Ne marchandant pas leur vie et ne la cèdant en rien aux pouvoirs du monde, ils ont un cœur pur :  ils voient Dieu ! Et enfin, répugnant à répondre à la violence par une violence égale ou plus grande encore, ils font la paix : ils ressemblent à Dieu et sont reconnus comme ses fils — ses descendants et ses héritiers3 !

La neuvième et dernière béatitude arrive en conclusion des huit autres, mais elle ne désigne pas cette fois une qualité de l’homme "heureux" — pauvre, doux, pacifique, etc. — mais les persécutions à traverser qui, paradoxalement, président à son "bonheur" :

Heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande au ciel. En effet, c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. (Matthieu 5, 11-12)

Littéralement : "Votre récompense - grande dans le ciel" — le verbe ajouté dans les traductions françaises, souvent au temps futur : "votre récompense sera…"— dans le texte original n’existe pas, ce qui place la calomnie et les persécutions subies en correspondance immédiate avec la récompense "grande dans le ciel". "Sur la terre comme au ciel", prions-nous dans le Notre Père. "Le ciel", traditionnellement la demeure de Dieu, n’est pas différent du Royaume qui, dans les Évangiles, est aussi  la demeure de Dieu, mais sur la terre cette fois, et parmi les siens.

"À cause de moi", au centre de cette dernière béatitude, conclut l’ensemble des huit autres. Car si les persécutions sont "à cause de moi", selon ce que dit Jésus, la récompense contenue en germe dans l’épreuve aussi sera à cause de lui. Et, tributaire des persécutions, le bonheur à cause de lui nécessairement aura goût de victoire, "à cause" de ce mystérieux compagnonnage qui fait que l’homme de bonne volonté4 dans l’épreuve n’est pas seul.

"À cause de moi" n’est pas ici affaire de religion ni de profession de foi, mais le constat de la ressemblance qui vous a fait "pauvres", "doux", "pacifiques"…, comme lui. Le texte en appelle au témoignage des prophètes. Pourtant il n’est pas rare de voir, aujourd’hui comme hier, des hommes et des femmes au sortir de l’épreuve rayonner d’une joie nouvelle. C’est affaire d’expérience.

Viviane de Montalembert 01 17

1. Traduction La Nouvelle Bible de Segond.
2.Les Psaumes particulièrement développent une pédagogie très poussée du discernement à faire entre le "juste" et le "méchant".
3. En grec hyiôs : descendants, avec un droit à l’héritage du père.

4. Cf. L’annonce des anges aux bergers, Luc 2, 14.

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