Mot à Mot


Viviane de Montalembert

Courrier :
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Précédemment :

   ♦ "Seigneur, tu m'as
       séduit…"
   ♦
"Pardonner", une
     mission ?

   ♦ La chair et l'esprit!

et autres articles

30ème Dimanche du Temps ordinaire. A

"Tu aimeras…"
  Matthieu 22, 34-40

En ce temps-là, les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : "Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ?" Jésus lui répondit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : 'Tu aimeras ton prochain comme toi-même.' De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes."

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même…" Ces mots sont certainement les plus inquiétants de tous ceux rapportés dans les évangiles. Pas inquiétants pour ceux qui prétendent savoir ce qu’est "aimer" ou qui s’en donnent l’image. Mais inquiétants pour ceux qui veulent aimer mais ne savent pas comment, ceux surtout qui ne sont même pas sûrs de savoir ce que veut dire "s’aimer soi-même". Qui en effet peut s’aimer soi-même s’il n’est pas d’abord aimé par un autre ?, se disent-ils, ceux  qui veulent être aimés d’un amour puissant, intime et personnel qui ne peut leur venir que d’au-delà du monde et de ses chicaneries ; ceux qui ne savent aimer que de tout leur cœur, de toute leur âme et de tout leur esprit — Dieu connu ou inconnu et tous ceux qu’ils rencontrent — et qui n’imaginent pas qu’il puisse en être autrement ; les mêmes encore qui s’accusent à tout moment de ne pas aimer assez, pas comme il faut.

Et puis il y a les autres, les plus nombreux, auxquels s’adresse le commandement, ceux qui n’aiment que soi et pour qui les autres n’existent pas. "Parlez-moi d’moi, y’a qu’ça qui m’intéresse ; parlez-moi d’moi, y’a qu’ça qui m’donne d’l’émoi", chantait Jeanne Moreau. Ceux-là n’aiment leurs semblables que pour le profit qu’ils peuvent en tirer et dans la mesure seulement où ils concourent à parfaire la belle image qu’ils veulent se donner. C’est alors que le "comme toi-même" du commandement prend tout son sens — comme une manière de leur dire : "Regarde autour de toi, il n’y a pas que toi !" Ce sont les mêmes auxquels il a fallu prescrire déjà de ne pas mettre d’obstacle sur le chemin d’un aveugle pour le faire tomber… (Lévitique 19, 14) ! Ceux-là, jusqu’à leur dernier jour, ne se résoudront pas à aimer les autres et Dieu de tout leur cœur, toute leur âme et tout leur esprit comme ils s’aiment eux-mêmes, mais il est bon néanmoins de leur rappeler qu’aimer est à ce prix, et qu’il n’est pas en ce monde d’autre bonheur que celui-là.

Viviane de Montalembert 10 17

LA LETTRE
vous informe
de l'actualité de
LaCourDieu.com

Votre courriel :