à Propos

Philippe Lefebvre


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Harry Potter est-il dangereux ?
Contre certains mises en garde intempestives

Je viens de terminer le sixième volume de Harry Potter dans la bonne traduction française que donnent les éditions Gallimard. Je ne parlerai pas du contenu du livre afin de ne rien révéler aux fans qui ne l'auraient pas lu. Je voudrais simplement ici mettre en garde contre les mises en garde ! Il y a eu des réactions contre Harry Potter (aux États-Unis en particulier, en France aussi) dans certains milieux chrétiens conservateurs, protestants surtout et catholiques ; cela s'exprime dans des sites internet, des livres, des opuscules. On peut par exemple se reporter du côté catholique francophone à la brochure de Marie des Haudières, La saga de Harry Potter. Tintin, Astérix ou Méphisto ?, tiré-à-part de la revue Action Familiale et Sociale, n° 153, février 2001.
Bien sûr, il est légitime de se poser des questions : lire des histoires de magiciens, est-ce si bon que cela pour des enfants ? Cela ne les entraîne-t-il pas dans un monde imaginaire marqué par la toute-puissance, l'ignorance des limites ? D'autre part, le simple fait que la série connaisse un tel succès est-il finalement bon signe ? Peut-être exprime-t-elle une vision des choses dans lequel notre monde se reconnaît trop bien : on ne parle pas de Dieu, on utilise des moyens d'action toujours plus performants, on évoque une violence omniprésente, etc. Ces questions, particulièrement importantes quand les jeunes sont concernés au premier chef, n'ont d'intérêt que si on essaie d'y répondre. C'est ce qui manque dans certaines réactions : les questions deviennent tout de suite des affirmations scandalisées.

D'abord il est bon de faire un tour dans les traditionnelles lectures pour la jeunesse. Est-ce que Peau d'Âne de Perraut peut être lu par des enfants, est-ce que le film qui en est tiré (avec C. Deneuve dans le rôle titre) peut être vu par eux ? N'oublions pas en effet que si Peau d'Âne s'enfuit du château paternel, c'est que son père veut la prendre pour femme avec une insistance extrêmement choquante. Que dire de Blanche-Neige et de tant d'autres contes de Grimm, d'Andersen, des traditions françaises, qui sont fondés sur la lutte à mort d'un fils et de son père, d'une fille et de sa mère ou de sa belle-mère ? On peut relire la Blanche-Neige des frères Grimm, où la marâtre de Blanche-Neige est obligée à la fin par sa douce belle-fille de chausser des sandales en métal chauffées à blanc et de danser jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Que dire du Petit Poucet, un conte où les parents cherchent avec obstination à perdre leurs sept enfants dans la forêt afin qu'ils y meurent : cela ne ruine-t-il pas la famille chrétienne ? Cela n'introduit-il pas le trouble dans les jeunes esprits qui vont dès lors douter de leurs parents et essayer de s'en tirer par eux-mêmes comme le fait le Poucet qui à la suite d'une ruse fait égorger les sept filles de l'ogre par leur propre père. Que dire aussi des fées qui sont les adaptations dans le folklore d'anciennes déesses païennes du destin (le mot fée vient du latin fata, "destinées") ? Que dire de Mélusine, ancêtre mythique de la très chrétienne famille de Lusignan (qui a fourni des rois de Jérusalem lors des croisades), et qui est en fait une ancienne divinité celtique, une déesse qui se métamorphose en serpent —dangereux le serpent, selon la Bible, non ? On pourrait continuer les exemples à l'infini.

Je pense aussi à des remarques de la très catholique M. des Haudières sur le mauvais goût moderne qu'on trouve dans Harry Potter : que dirait-elle du Petit Chaperon Rouge (et pourtant elle invoque la tradition des contes !), avec ce loup couché dans le lit de la mère-grand et faisant coucher la petite fille à côté d'elle, pardon de lui (c'est tellement ambigu) ? Que dirait cette catholique très classique si elle lisait la Bible ? Je croule sous les passages à citer qui feraient déplacés dans une soirée chrétienne. Un exemple : ce texte où Dieu dit à Ézéchiel de faire cuire sa nourriture sur des excréments humains ; suit une discussion du prophète, et Dieu accepte qu'il les remplace par de la fiente de bœuf (Ézéchiel, 4, 7-17 : on y parle aussi de bêtes crevées et de chair humaine qui pourrit) : lisez ça avant le repas de midi, vous m'en direz des nouvelles…

Dans certains sites contre HP, on confine au délire. Tel site affirme que 11 est le chiffre de satan (je ne savais pas cela), et on commence à repérer tous les 11 dans Harry Potter : par exemple, dans le premier volume, Harry a onze ans, ou le train pour Poudlard démarre à onze heures etc. Ceci devrai prouver que les livres portent la marque du diable. De telles "démonstrations" procèdent d'une grave méconnaissance de la Bible et de la théologie chrétienne : tous les chiffres appartiennent à Dieu et disent Dieu ; si le satan s'empare de certains d'entre eux, ce n'est que par dérivation, pour leur donner un autre sens, mais ce qui prévaut c'est leur sens premier, divin, plénier. Un seul exemple : le chiffre 11 est dans l'évangile le chiffre de la plénitude (d'une sur-plénitude même si on lit le texte en latin, ce que devraient faire nos très classiques collègues) ; qu'on lise par exemple Matthieu 25, 14-30. L'homme qui a reçu 5 talents les fait fructifier et en gagne 5 autres, son maître le récompense en lui donnant en plus le talent que le mauvais serviteur avait enterré : ce qui lui en fait 11 (signe, comme le dit le passage, de l'abondance divine).

Ceci était une réaction à certaines réactions intempestives ; il faudrait maintenant souligner l'intérêt de la série Harry Potter en soi. À suivre…

Philippe Lefebvre 11 05

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