à Propos


Viviane de Montalembert


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SUITE… 

 

 
La Sainte Trinité, un mystère à pratiquer


À la Pentecôte, nous avons vu le Saint Esprit descendre sur les apôtres : et ils en furent “remplis” ! La peur qui leur était jusque-là chevillée au corps disparaît, comme du corps de Jésus plus tôt s’était dissipée la mort, disqualifiée par la vie. Affermis dans l’Esprit, les apôtres dans leur chair ne tremblent plus, ils vivent. Le Saint Esprit descend comme un feu qui se partage en “langues” sur chacun d’eux et leur délie la langue. Ils parlent, comme autrefois avait parlé le fils de la veuve ressuscité par Jésus : il s’était relevé “et il parlait”1. Les apôtres sont remplis du Saint Esprit et ils remplissent aussitôt le monde de leur parole : “Et chacun les comprend dans sa propre langue”2.

Le Saint Esprit, pour beaucoup de catholiques, reste un personnage énigmatique. Feu, colombe ou vent violent, il apparaît comme une sorte d’entité subalterne, sans personnalité propre. Occupant la place de l’Amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, et de l’amour dont nous devons nous aimer les uns les autres, il fait figure de symbole ou de métaphore. Pour certains, il n’est même qu’un fluide, une énergie dont on pourrait disposer à sa guise, une puissance dépourvue d’initiative propre que les guérisseurs et les gourous pourraient à volonté mettre au service de leurs ambitions personnelles, sans lui demander son avis.

Pourtant le Saint Esprit, dans la Trinité, est une Personne, à l’égal du Père et du Fils : “Je crois au Saint Esprit qui est Seigneur et qui donne la Vie ; il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes”, confessons-nous dans le Credo3.

Dimanche prochain, nous fêterons la Sainte Trinité. Cette fête est là pour nous rappeler que, dans la Trinité, aucune des Personnes divine ne va jamais sans les deux autres. Car la Trinité n’est pas une sorte de supermarché des figures de Dieu, entre lesquelles chacun pourrait choisir à son gré celle qui lui convient le mieux. Ainsi certains préfèreraient invoquer le Père qui, avec sa toute-puissance rassurante et sa voix de stentor, viendrait avantageusement remplacer le père qu’ils n’ont pas eu ; il arrive même que des prédicateurs encouragent les fidèles à l’appeler “Papa” — c’est “notre papa du ciel”4. D’autres, dans une démarche comparable, fuiront au contraire la figure paternelle pour s’attacher à celle du Fils : il est le frère, celui qui s’approche des petits et des pauvres, un Jésus comme nous, pas dangereux, qui aime tout le monde pareil — pas tout à fait le Jésus des évangiles qui, à bien y regarder, n’aurait pas été mis en croix s’il n’avait pas tant vitupéré contre les scribes et les pharisiens, sans jamais vouloir se réconcilier avec eux5. L’Esprit, lui, a la vedette dans les groupes à tendance plus émotionnelle. Là, on veut sentir sa présence, le voir agir, voir des guérisons et des miracles, on veut être consolé.

Il ne s’agit pas ici de dénigrer ces comportements qui, dans un premier temps, peuvent se présenter comme les seuls praticables pour aller à Dieu. Après tout, pendant bien des années, chacun négocie son appartenance au ciel comme il peut ! Mais il faut savoir que cela doit avoir une fin. Vient un temps en effet où la chair est « remplie », elle sait ce qu’elle reçoit du Père, et comment elle le reçoit : dans le Fils et par l’Esprit. C’est de théologie qu’il s’agit ici, de la théologie de notre chair en croissance vers sa splendeur définitive.

Car tout vient du Père : l’Esprit "procède" du Père, et le Fils est “engendré du Père avant tous les siècles”. Le Père est la source, il crée dans le Fils et par l’Esprit. Le Fils est celui en qui la chair vient au monde, mais c’est par l’Esprit qu’elle prend forme, la forme du Fils. Le Fils et l’Esprit sont constamment occupés l’un de l’autre. Ensemble, ils collaborent à l’œuvre du Père qui donne la vie. Ainsi en va-t-il de même de la Sagesse, à l’œuvre avec le Créateur depuis le commencement6. La Sagesse, dont on ne sait jamais bien si elle se réfère au Fils ou à l’Esprit, est précisément la figure de cette collaboration intime et incessante du Fils et de l’Esprit par laquelle notre chair accède à sa plénitude. Jésus ressuscité peut souffler l’Esprit sur ses disciples7. Jésus ressuscité dans sa chair vit du Saint Esprit, qui est son Souffle. On pourrait dire qu’il ne respire que par Lui. De même dans l’Eucharistie, c’est la chair du Christ toute entière pétrie de l’Esprit que nous mangeons, une chair ressuscitée par laquelle nous mêmes nous ressuscitons, pourvu que nous y consentions.

Celui ou celle qui accueille l’Esprit devient d’emblée participant/e de la chair du Fils. L’Esprit lui ouvre alors l’accès aux Écritures dont il est l’inspirateur, le co-auteur avec le Verbe. Dans le Verbe et par l’Esprit, toute histoire humaine trouve son sens. Scrutant les Écritures, celui ou celle qui a accueilli l’Esprit y rencontre les péripéties de sa propre histoire, inscrite depuis le commencement dans la mort et la résurrection du Christ.

Par l’Esprit et dans le Christ, nous osons quotidiennement affronter les peurs et les dangers qui nous menacent, nous osons parler. Dans le Christ et par l’Esprit, nous savons aimer. Chaque jour nous recevons l’Esprit et chaque jour, avec le Christ, nous ressuscitons, pour que soit manifestée la gloire du Père, en ce monde et dans notre chair, dès maintenant et à jamais.

Viviane de Montalembert 06 07
 
1. Luc 7, 15, dans le récit de la résurrection du fils de la veuve en Luc 7, 11-17. Il est à remarquer que les Actes des Apôtres sont écrits par le même auteur. Luc met en relation le fils de la veuve qui, aussitôt ressuscité se met à parler et les apôtres qui, recevant l’Esprit, se mettent eux aussi à parler, indiquant par là qu’ils vivent eux aussi une résurrection.
2. Voir le récit de la Pentecôte : Actes 2
3. cf. Symbole de Nicée Constantinople.
4. D’autres en usent de la même manière de la Vierge Marie, ainsi nommée : « notre maman du ciel ». Si ces pratiques pédagogiques peuvent dans un premier temps paraître guérissantes, on s’aperçoit qu’à la longue elles deviennent, pour le peuple de Dieu, tragiquement infantilisantes.
5. Ce n’est pas dire qu’il n’“aime” pas les pharisiens, mais alors c’est notre définition de l’amour qui doit être révisée.
6. Proverbes 8,22-31 ; Sagesse 9, 9.
7. Jean 20, 22

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