à Propos


Viviane de Montalembert


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SUITE… 

 

 
Poussière et cendres
 
 
"POUSSIÈRE" ET "CENDRES" SONT À L'ORDRE DU JOUR, proposés à tous comme un programme de conversion. "Tu es poussière et tu retourneras à la poussière" est la formule traditionnellement prononcée par le prêtre déposant les cendres sur le front des fidèles, à l’entrée en Carême.

"Poussière" nous ramène aux premiers instants de la création : "Dieu façonna l’homme, poussière tirée du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l’homme devint un être vivant"1. Dans la suite du texte, la "poussière" est intégrée au châtiment infligé par Dieu au Serpent : "sur ton ventre tu marcheras, et poussière tu mangeras tous les jours de ta vie", lui dit Dieu2. L’Adam pécheur, quant à lui, s’entend dire : "Car poussière tu es et à la poussière tu retourneras"3.

La poussière est le degré zéro de la matière, le stade antérieur au don du "souffle de vie" qui, de l’humain modelé de la poussière, fait un homme vivant. Degré auquel l’homme est menacé de revenir si, le souffle disparaissant, la vie reçue de Dieu n’a pu opérer en lui aucune transformation durable. Ainsi l’Adam pécheur, absent de Dieu et complice du serpent qui se nourrit du rien dont le souffle est absent, ne décollera-t-il que temporairement de la poussière dont il est fait. C’est une mise en garde.

"Poussière" et "cendre" dans la Bible pour la première fois sont associées dans la bouche d’Abraham, lors de ses pourparlers avec Dieu en faveur de la population de Sodome menacée d’extermination : "Voici que j’ose parler au Seigneur, moi qui suis poussière et cendre !”"4. On entend dans la parole d’Abraham comme un ton de fierté : "poussière" et "cendre" sont ses titres de noblesse, qui le justifient d’oser parler à Dieu.

Si la poussière, en effet, est le premier stade de la matière avant qu’il y ait corps, la cendre en figure l’étape ultime. Pour qu’il y ait "cendre" il faut qu’il y ait eu "corps" ; corps animal ou corps humain, réduit en cendres ; réduit ou offert, dans un acte volontaire. La cendre dans la Bible est très vite référée à l’offrande5, elle est la cendre du sacrifice, "la cendre laissée par le feu qui aura consumé l’holocauste sur l’autel"6. La cendre qui résulte du sacrifice, et les vases destinés à la transporter, sont l’objet de prescriptions liturgiques précises et particulières : le prêtre ayant changé de vêtement doit s’en aller les déposer "en dehors du camp, dans un lieu pur"7. La cendre est le signe que le sacrifice a été agréé, elle manifeste le corps transformé par la traversée de l’offrande.

Les cendres déposées sur le front des fidèles le Mercredi des Cendres ne sont pas issues de n’importe quel foyer, elles sont obtenues à partir de la consumation des rameaux ou buis bénis de l’année précédente. Chaque année en effet, le Dimanche des Rameaux, le peuple chrétien est invité à rejouer, la grande acclamation des juifs qui accueillirent Jésus entrant à Jérusalem monté sur un âne, et qui agitaient des palmes en chantant: "Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le Roi d’Israël!"8. Jésus qu'on acclame ainsi, s'avance vers sa passion.

À l’orée du Carême, en même temps que le prêtre prononce la mise en garde adressée par Dieu à l’homme pécheur (Gn 3), déposant les cendres sur le front du croyant, il témoigne de son immédiate assomption dans l’offrande. Gêné parfois par le réalisme de la parole biblique, il arrive que le prêtre change la formule et préfère dire : "Convertis-toi et crois à l'Évangile". L’injonction est plus floue et pourrait faire moins peur si elle ne prenait une coloration subtilement accusatrice, présupposant que tous les fidèles qui s’avancent pour recevoir les cendres ont à revenir à un Évangile qu’ils auraient abandonné — ce qui n’est pourtant pas toujours le cas, reconnaissons-le, au moins pour quelques-uns.

Celui qui est familier de Dieu en effet n’a aucune crainte de la poussière dont il vient. D’expérience, il sait qu’il y a une suite. Les cendres déposées sur son front ne sont pas pour lui le rappel douloureux d’une condition humaine vouée à la perdition, mais elles résument son offrande et l’arrachent à la poussière. Pour les autres, ceux qui n’ont aucune idée de Dieu bien qu’ils fréquentent ses autels9, l'avertissement biblique - "Tu es poussière et tu retourneras à la poussière" - est destiné à les alerter sur les conséquences de leur endurcissement ; il ne faut pas les en priver.

Les cendres sont aussi aujourd’hui ces petites urnes qui se promènent dans les familles, qu’on dépose parfois sur la cheminée, dans un coin sombre ou au cimetière ; ou dont on répand le contenu dans un jardin, en pleine mer ou dans un endroit désert, "en un lieu pur" comme on le faisait des restes du sacrifice (est "pur" le lieu qui échappe à l’emprise des captations humaines). Là encore, tout est question de liturgie. Les morts : ou on les garde à soi — pour autant qu’on le peut — poussière qui revient à la poussière ; ou on les laisse aller, leur reconnaissant le droit d’achever eux-mêmes leur offrande. C’est ce que Jésus va bientôt nous montrer à la Croix.

Viviane de Montalembert 02 07
1. Genèse 2, 7
3. Genèse 3, 19
4. Genèse 18, 27
6. Lévitique 6, 3
8. Jean 12, 13

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