à Propos


Viviane de Montalembert

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SUITE… 

 

 

 
 
Il est joli ce concept de "juste-parmi-les-nations"
 
Il est joli ce concept de "juste-parmi-les-nations", qui est le titre attribué par l’état d’Isarël à ceux qui, particulièrement pendant la guerre de 40, ont sauvé des juifs de l’extermination. Dans la Bible, "juste" est un mot très précis : il désigne celui qui marche avec Dieu. Noé y est le premier "juste" identifié comme tel : il "marchait avec Dieu"1 — un "compagnon d’Emmaüs", en somme. Car les "compagnons d’Emmaüs" ne sont pas seulement ceux qui ont marché avec l’abbé Pierre mais d’abord, dans l’Évangile, ceux qui ont fait un bout de chemin avec Jésus ressuscité2.

Noé n’est pas à proprement parler un homme religieux car, à ce stade du texte, on ne parle pas de religion, ni de peuple d’Israël, ni de rite, ni de prière, mais seulement d’offrande. Au lendemain du déluge, Noé célèbre le retour à la vie normale en offrant à Dieu un sacrifice, et ce sacrifice plut à Dieu3 ; de la même manière, quelques chapitres plus haut, le sacrifice d’Abel avait plu à Dieu alors que celui de son frère Caïn lui avait déplu4.

Ainsi, la Bible prend la liberté de dire ce qui plaît à Dieu et ce qui ne lui plait pas, elle en fait le constat. Un homme n’y est pas identifié à partir de son groupe, ni de sa religion, ni des valeurs dont il se réclame. Un homme est reconnu comme un "juste" à la façon dont il se tient devant Dieu — ou devant "la vie" ou "l’amour" ou "la vérité", qui sont les autres noms de Dieu pour ceux qui ne le nomment pas. Ainsi le discernement du "juste" est-il, dans la Bible, résolument profane ; il questionne tous les êtres humains quels qu’ils soient, croyants ou incroyants, qu’ils aient une religion ou qu’ils n’en aient pas.

À bien fréquenter la Bible, on apprend à refaire soi-même l’exercice, à discerner le "juste" dans toutes les situations présentes, toutes les scènes dont on se fait témoin. Mais pourquoi est-ce donc si important de discerner le juste ? — Parce que c’est dans la chair du juste, lui ou elle, que Dieu se donne à voir et à entendre, dans tous les lieux et tous les temps de notre monde. Dans toute situation bloquée ou invivable, c’est le "juste" qui va dire la vérité sur cette situation et la manifester dans toute sa conduite. Les justes font bien plus que d’incarner "l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité"5, à la suite du Christ ils incarnent Dieu dans leur temps. Ainsi l’abbé Pierre, mais pas seulement lui. Dans le privé comme dans la vie publique, aujourd’hui comme hier, le juste est celui qui va risquer sa sécurité ou sa réputation, ou les deux à la fois, pour que la vie reprenne ses droits, pour que la vérité soit dite et pour que le faible soit arraché au pouvoir d’un plus fort.

Le "juste" n’obéit ni à des mots d’ordre ni à des slogans, il ne suit personne. Il doit innover. Seul, il marche avec Dieu ; comme Noé, seul juste au milieu d’une génération "pourrie", dit le texte6. "Tous" et "un seul" fondent la logique biblique qui subordonne le salut de "tous" à la sagesse d’"un seul" : à la suite de Noé montant dans l’Arche viennent en effet sa femme et ses fils et les femmes de ses fils et tous les animaux, un couple pour chaque espèce. Noé marchant avec Dieu est, dans la Bible, le premier juste qui sauve l’aventure humaine de la perdition et lui donne un nouveau départ. De la même manière Joseph, le fils de Jacob vendu par ses frères : les retrouvant bien des années plus tard il leur dira : "Dieu m’a envoyé en avant de vous pour assurer la permanence de votre race dans le pays et sauver vos vies pour une grande délivrance" (Gn 45, 7). De même David, Jonathan, Judith, Esther, David, le petit Daniel et tant d’autres. Les histoires bibliques s’appliquent toutes à en faire la démonstration.

Certains de nos lecteurs ont pu être étonnés de constater notre entrain à commenter un film ou un fait divers tout autant qu’un texte biblique. C’est que la lecture de la Bible est pour nous un "art appliqué". À quoi nous servirait en effet de lire la Bible si ce n’était pas pour éclairer les situations que nous vivons, nos relations, les questions spécifiques qui se posent à notre temps ? Tous nos articles s’y exercent avec la même application. Nous invitons donc nos lecteurs en ce début d’année à se passionner pour tout, sans penser qu’il y ait des circonstances plus "religieuses" ou plus "spirituelles" que d'autres. Partout où la chair est engagée, Dieu a son mot à dire et nous aussi avec lui.

Viviane de Montalembert 01 07

1. Genèse 6, 9
2. Luc 13, 32
3. Genèse 8, 21
4. Genèse 4, 4-5
5. Extrait du texte gravé sur la plaque placée dans la crypte du Panthéon et inaugurée le 18 janvier dernier par Jacques Chirac et Simone Weil, en hommage aux Justes de France : "… Bravant les risque encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité".
6.Genèse 6, 12. Le mot hébreu peut se traduire par "gâté", "corrompu", "ruiné", "pourri". On peut remarquer que le mot employé plus loin par Dieu lui-même pour dire qu’il va "détruire toute chair ayant souffle de vie" (Genèse 6, 17) dérive de la même racine hébraïque. De sorte que Dieu ne fait que mettre un point final à ce qui était déjà largement décidé par la créature : "Yahvé vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée" (Genèse 6, 1).

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