à Propos


Viviane de Montalembert

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SUITE…

 
 
 
 
 
On en pense quelque chose

Il est impossible de ne rien penser. On pense tout le temps, dans la tête, à ce qu’on en pense, de celui-ci ou de celle-là, ou de la situation. Et on se pose des questions : pourquoi il a fait ci ? pourquoi elle a dit ça ? Et quelquefois, il faut bien se l’avouer, on pense que c’est mal, ce qu’il a dit ou ce qu’elle a fait, qu’il ne fallait pas. On désapprouve.

Est-ce que c’est ennuyeux, de voir le mal et d’en être fâché ? C’est désagréable, en tous cas, et très inconfortable. Mais pas pour tout le monde. Il y a des gens qui sont contents de donner tort et de juger de haut, de se mettre en colère et de clamer vengeance. Ils sont du côté du bon droit et ça leur plait. Et, d’ailleurs, même quand ça va bien, ils s’en trouvent mal. Ils n’aiment pas ça, que d’autres réussissent ou qu’ils soient admirés. Mais ils ne le montrent pas, tant que ça va, tant qu’ils ne peuvent pas ramener l’opinion à soi. Ils pensent tout le temps, mais c’est pour le mal : ils veillent à son chevet avec grande application en attendant qu’il se réveille. Souriants ou mécontents, ils ont le penser malveillant.

Le penser bienveillant, lui, accepte de voir le mal, et parfois de le dire, mais il en est désolé : Comment est-ce possible ? Pourquoi a-t-on fait ça alors qu’il était si facile de faire autrement, tellement plus évident ? Ainsi la famille de Mama Galledou, cette jeune femme de 26 ans gravement brûlée dans l’incendie volontaire d’un bus à Marseille. Sur nos écrans est apparu le visage paisible de son cousin, mandaté par les membres de sa famille pour faire savoir qu’ils n’éprouvaient, à l’égard des auteurs de l’attentat, ni colère ni désir de vengeance. Ils s’en remettent à la justice du pouvoir de condamner. Mais : « on ne comprend pas pourquoi on lui a fait ça, à elle. Pourquoi ? » C’est la question.

La question qui ne se satisfait ni de la haine ni de la vengeance pour trouver sa réponse persiste dans la confrontation et fait durer le jugement. Le questionnement, s’il n’abdique pas, maintient le coupable en garde à vue, le renvoie à sa responsabilité et lui impose d’en juger. Pour l’agressé, c’est dur à vivre, mais pour l’agresseur, c’est insupportable. La bienveillance n’est pas l’indifférence. C’est, au sens propre, « veiller pour le bien », y compris celui de l’agresseur. C’est lui souhaiter de parvenir à la seule dignité qui fasse l’humain : reconnaître la vérité et librement la confesser. Ce qui s’appelle dans les évangiles «aimer son ennemi»*, c’est lui vouloir ce bien, obstinément.

Pour celui qui est bienveillant, le mal, la volonté de nuire, chez les autres d'abord n’existe pas. Le voir, c’est terrible, il y faut beaucoup de temps. On ne peut pas le comprendre, parce que soi-même on n’y pensait pas, on n’est pas comme ça. On doit seulement l’admettre, on n’en mourra pas. On ne tuera pas, non plus, on ne se vengera pas. Pour celui qui accepte de voir le mal et d’en penser quelque chose, il y a une force qui surgit en soi à ce moment-là et qu’on ne connaissait pas. Plus forte que la colère ou la peur, une envie de faire le bien quand même et d'en penser quelque chose, quoiqu’en dise l’adversaire, même s’il ne l’accepte pas. On est passé au-delà.

Viviane de Montalembert 11 06

* Cf l’Évangile de Matthieu : "Eh bien! moi [Jésus] je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes." (Mt 5, 44-45). Aimer n’est pas ici un précepte à observer, c’est une expérience à faire, une découverte.

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