à Propos


Philippe Lefebvre

 

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Faut-il s'effacer devant le Christ ?


LE TEMPS DE L'AVENT insiste beaucoup sur Jean-Baptiste, et Jean-Baptiste y insiste beaucoup sur Jésus. On demande à Jean s'il est le messie : Non, répond-il, ce n'est pas moi, c'est un autre qui vient. On lui demande s'il est Élie, le prophète de l'Ancien Testament qui réapparaîtrait pour annoncer le messie. Non, répond-il, ce n'est pas moi. On lui demande s'il est le grand Prophète (peut-être désignait-on par là Moïse qui devait revenir). Non, répond Jean-Baptiste (cf évangile de Jean 1, 19-22).
 
On ne dit jamais de soi-même ce que l'on est

Il n'y aurait qu'un pas à faire pour transformer Jean-Baptiste en une sorte de brave gars catho qui ne se vante pas, qui rase les murs, qui cède la place sans plus faire parler de lui. Et certains font ce pas.

C'est méconnaître la logique de Dieu et récupérer des propos sans vraiment les entendre. Jean-Baptiste s'efface-t-il devant le Christ ? Faut-il à son exemple s'anéantir devant Jésus, en étant suffisamment content de l'avoir annoncé et en déguerpissant au plus vite dès qu'il se pointe ? Tout cela est à penser Bible en main. Selon la logique du monde que beaucoup plaquent un peu facilement sur la Bible, s'effacer, c'est se casser sans laisser d'adresse; c'est faire son job et ne rien réclamer, retourner à l'anonymat. Ce n'est certes pas ce qui arrive à Jean-Baptiste, un des saints les plus vénérés dans la Chrétienté depuis toujours. Il est le seul avec la Vierge Marie dont la fête (la Nativité de Jean, le 24 juin) ait rang de solennité, c'est-à-dire le seul qui soit liturgiquement fêté à l'égal du Christ. Jean-Baptiste fait exactement le contraire de s'effacer au sens "mondain" du terme. Il s'implante au contraire, il se donne à voir.

Jean-Baptiste dit qu'il n'est pas le messie ni Élie ni le Prophète attendu. Généralement dans la Bible celui qui dit qu'il est quelque chose ne l'est pas vraiment. Souvenons-nous de Gamaliel; il rappelle à ses collègues du Sanhédrin : "Ces temps derniers, se leva Theuddas, qui se disait quelqu'un et auquel se rallièrent environ quatrre cents hommes" (Actes des Apôtres 5, 36). Ce Theuddas qu'on pouvait prendre pour un messie, un libérateur et qui le disait lui-même était un faux prophète dont l'œuvre s'est vite écroulée sans suite. Souvenons-nous dans l'Ancien Testament d'Amos : "Je ne suis pas prophète ni fils de prophète. Je suis berger et pinceur de sycomore" (Amos 7, 14). C'est là un signe qu'il est bien prophète. Non pas devenu prophète de sa propre autorité ou par promotion interne. Celui qui n'a rien pour être prophète est vraiment prophète; celui qui fini cloué sur une croix est vraiment messie et roi. Jésus d'ailleurs, quand il veut faire savoir qu'il est messie, ne le dit pas de lui-même; il pose la question ("Qui dites-vous que je suis ?") et c'est un autre que lui qui dit qu'il est messie (évangile selon s. Matthieu 16, 13-17).

S'effacer… dans le Christ

Et si Jean dit qu'il n'est pas celui-ci ou celui-là, ce n'est pas qu'il est modeste. Il dira un jour, parlant de Jésus : "Il faut que je diminue et que lui grandisse" (évangile selon s. Jean 3, 30); cela signifie que Jean se sait grand, grand au point de faire de l'ombre au Fils de Dieu ! Jean témoigne de Jésus et Jésus témoignera de Jean. La seule chose que l'on peut dire de soi, c'est en fait un autre qui en témoigne pour vous. Jean se refuse à décliner son identité comme le monde l'entend : il suffirait qu'il dise de lui deux ou trois choses impressionnantes aux Pharisiens qui lui font demander qui il est et il serait tranquille. Mais ce n'est pas ainsi que marche le Royaume. C'est Jésus qui dira à qui veut l'entendre que Jean a été le plus grand prophète et même bien plus qu'un prophète (évangile selon s. Luc 7, 26); c'est Jésus qui affirmera que Jean est bien cet Élie qui doit venir (évangile selon s. Matthieu 11, 14).

C'est que tous les justes annoncent le Christ, sont ses précurseurs. Jean-Baptiste est le plus dense, le plus accompli de tous ceux qui ont anticipé Jésus. Et anticiper veut dire participer. Le juste porte toujours le Christ, manifeste en sa personne la personne du Christ. Ils participent à son mystère. Jean est celui qui laisse transparaître dans sa chair la figure de celui qu'il annonce. Il n'est pas le messie, mais on peut s'y tromper; et si l'on s'y trompe, cela signifie que l'on ne s'y trompe pas vraiment ! En fait, d'une certaine manière, il est bien ce messie dont sa chair témoigne, dont son corps est l'aveu.

Jean-Baptiste ne s'efface pas devant Jésus, comme un subalterne cèderait le terrain à un collègue plus performant. Sa vie se fond dans celle du Christ. Sa personne, comme dit la lettre aux Colossiens, "est cachée avec le Christ en Dieu" (Colossiens 3,3).

Jean-Baptiste, c'est moi quand je témoigne qu'une vie venue d'ailleurs est venue en moi et me fait vivre et me transfigure. Alors j'annonce un autre qui n'est pas extérieur à moi et devant qui je devrais m'anéantir. Non : j'annonce un autre qui est là en moi, qui affleure en moi, qui se manifeste en moi, un autre avec qui je ne fais qu'une seule chair.

Philippe Lefebvre 12 05

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