à Propos


Philippe Lefebvre

 

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SUITE…

Colère ou gentillesse :
deux manières possibles d'être violent

Se mettre en colère pose beaucoup de problèmes ; ne jamais se mettre en colère en pose tout autant. La colère comporte des risques, la gentillesse en comporte tout autant. La colère a à voir avec la violence, la douceur tout autant.

Quand Jésus se met en colère, c'est parfois sans raison précise : il n'y est pas acculé, il pourrait en faire l'économie. On se demande encore pourquoi ce jour-là il a chassé les marchands du temple. Ces gens faisaient leur métier comme chaque jour. Qu'est-ce qui a mis le feu aux poudres ? Rien. Rien que ce quotidien en place, qui tourne plutôt bien. La colère n'a pas fondamentalement un détonateur précis, elle est plutôt une lutte contre le monde qui prétend tourner tout seul et qui n'offre même pas toujours d'apparences horribles.

Dans l'évangile de Luc (chapitre 11), Jésus est invité chez des Pharisiens à manger ; il entre et va s'asseoir sans se laver les mains. Aussitôt il se met à invectiver ses hôtes et tous ceux qui sont là et rugit une de ses plus intenses colères. Pourtant on ne lui a rien dit, fait aucune remarque, on l'a même invité et on lui a proposé un peu d'eau pour se laver les mains avant le repas. Pourquoi cette ardente fureur ? Parce que le monde gentil, organisé, qui vous invite et vous cajole, cache souvent une violence tout à fait en place ; tellement en place qu'elle n'a plus à se donner de mal pour se maintenir. Tous ceux qui maintiennent cette violence peuvent se payer le luxe d'être corrects, voire affectueux. Ils se savent indéboulonnables, on ne peut s'opposer à aucune de leurs idées ; lesdites idées sont si bien implantées qu'elles ne paraissent même plus des idées particulières, mais le réel tel qu'il faut le voir, le croire, le vivre.

La colère est alors un des rares moyens dont on dispose encore pour faire entendre autre chose. Elle tente de répondre d'une façon qui semble violente à la violence antérieure, bien cachée et omniprésente, qui règne en fait. Ce n'est pas la colère dans ce cas qui est violente, c'est le monde auquel elle résiste qui l'est depuis longtemps. Et il y a violence du monde quand, dans un groupe donné, tout est vissé, bétonné, exclusif de tout autre pensée ou forme, le tout avec une allure peaufinée, aimable, sympathique : "vous voyez bien que j'ai raison : je suis si gentil, si serein, si patient" semblent dire les auteurs de simagrées de bon ton.

Cela arrive dans beaucoup de groupes, en particulier de groupes religieux. Jésus met en lumière cela du début à la fin. Il ne manque pas de groupes où l'on crucifie avec le sourire, dans une ambiance feutrée, détendue, pour votre bien. Un exemple : dire dans un groupe chrétien que Jésus se met en colère et qu'il y a peut-être là quelque chose à imiter vous mettra sans doute hors circuit pour longtemps et vous fera passer pour un violent digne de méfiance.

Un monsieur me disait un jour où j'avais prêché sur Luc 11 (la colère immotivée de Jésus) : "Vanter la violence est un peu déplacé de la part d'un prêtre". La question est bien entendu juste : on conçoit que l'évangile fasse réagir et qu'une prédication qui tente de faire droit à l'évangile redouble la réaction. Mais devant cette question, deux lectures sont possibles : 1) Est-ce une personne qui cherche une vérité en acceptant le chemin difficile d'une parole autre, celle du Christ ? 2) Ou bien est-ce un violent-très-gentil qui vient vous débiter des banalités : ce n'est quand même pas un abîme de profondeur de penser que les colères de Jésus sont étonnantes et que nous ne pouvons pas nous mettre en colère à tout propos et sans discernement ; ce sont là des évidences et il paraît déjà impoli (sous des formes très polies) de rappeler ce genre de platitudes à un homme adulte.

Bref, dans le cas de ce monsieur, c'était la seconde solution : un violent-très-gentil, courroucé de sentir qu'on pouvait remettre en cause son pouvoir absolu dans sa famille (une famille catholique, sans problème, engagée) et dans le groupe de prière où il régnait en maître (un groupe merveilleux, sans problème, accueillant). Dire qu'il y a une colère inspirée par Dieu était perçu par lui comme une critique de son pouvoir, une arme livrée à ceux qui le subissaient. J'ai demandé à ce monsieur comment lui commentait cet évangile ; il m'a rétorqué qu'il ne savait pas, qu'il n'était pas bibliste. Je lui ai répondu que moi je l'étais et que je lui en avais donné une interprétation de professionnel. Il a explosé de colère en m'accusant de violences verbales.

Attention donc à certaines formes de politesse, d'attention qu'on porte à vos propos, de questionnements qui ont les allures d'un vrai dialogue. Je crois que la gentillesse est la première cause de mortalité dans l'Église catholique.
Philippe Lefebvre 03 06

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