À Propos


Renaud Escande
Viviane de Montalembert


Courrier
:

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Cité

Le "mariage pour tous". Conversation

Chère Viviane,
Paris a connu ce week-end une grande manifestation qui a réuni dans la capitale des citoyens opposés au projet de loi sur le "mariage pour tous". La manifestation a été un succès, c’est indéniable, même si, aux dernières nouvelles, le gouvernement veut poursuivre son projet de réforme.
J’ai suivi, avec attention, la préparation de cette manifestation et j’ai écouté les paroles de manifestants interrogés durant le cortège et retransmis à la télévision ou à la radio. Tu imagines bien que le sujet est venu plusieurs fois dans le cours de nos discussions fraternelles et communautaires. Et du reste, plusieurs frères de ma communauté étaient présents dans les cortèges de manifestants.
Favorable au projet de loi, après avoir lu, discuté et réfléchi, je voudrais connaître ta position sur ce sujet. J’ai entendu de belles paroles de part et d’autre, mais aussi, et plus souvent, des propos trop hâtifs, malintentionnés et mal-informés.
Si je souhaite connaître ta position, c’est que je voudrais entendre (enfin !) la parole d’une femme, d’une mère et d’une théologienne – n’ayons pas peur du mot.

Voilà, j’espère avoir le plaisir de te lire,
Fr. Renaud Escande op
Cher Renaud,
Moi aussi,  je suis favorable à cette loi. Voici ma réflexion sur ce sujet.
Premièrement, je pense qu'il faut séparer complètement la loi et le sacrement. On parle ici d'une loi civile faite pour organiser la société civile ; et c'est donc à la société civile d'en décider.

Je suis assez fâchée contre mon Église qui se montre incapable de renoncer à son pouvoir temporel. De plus, elle le fait avec des arguments minables et souvent mensongers, un vieil arsenal à la fois pseudo-psychanalytique (les rôles de ‘Papa’ et de ‘Maman’ dont on prétend tout savoir, et qui la plus part du temps ne tient aucun compte de la réalité vécue ) et naturaliste (ce seraient les corps qui dicteraient d'eux-mêmes la relation entre homme et femme). Et quand elle réclame un référendum, je la crois bien hypocrite :  elle le fait pour mieux se cacher derrière la société civile qu'elle espère manipuler.

Or l'Église a vraiment une bonne nouvelle à annoncer, grandiose et fastueuse, et elle ne le fait pas !!! Cette bonne nouvelle, la voici : "Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu" (Romains 8, 28). En bonne théologie, on ne met pas de limite à Dieu, son pouvoir n'est soumis à aucune circonstance. Dans la Bible on ne trouve que cela : la vie qui se fraye un passage précisément dans les circonstances les plus désespérées du point de vue de la simple nature ou de la société : des hommes et des femmes stériles ou trop vieux pour enfanter (ou bien Onân qui laisse tomber sa semence à terre pour ne pas engendrer* ), etc. Si, par ailleurs, on veut considérer que les enfants (puisque ce sont eux que l'on met en avant) seraient moins heureux d'être élevés par des couples homosexuels… alors, si c'est vrai, on doit ajouter aussitôt que c'est peut-être justement là  que triomphera le mieux la vie reçue de  Dieu et de lui seul. J’ai trouvé pour ma part plus d'espérance et d'humilité dans les témoignages que j'ai entendus de couples homosexuels que dans le discours de l'Église.

J'ai aussi un argument à caractère plus féministe, d’un féminisme qui n’est pas contre les hommes mais contre tous ces petits et gros 'machos' qui veulent tout régenter : ils défendent leur sacro-saint mariage parce que c'est le dernier bastion de leur pouvoir patriarcal encore bien en place dans l'Église et dans la société, un pouvoir que le mariage homosexuel met à bas : là, plus de rôles prédéterminés, plus d'images de LA femme qui le plus souvent l'assujettissent, etc., et je ne peux que m'en réjouir.

Pourquoi on doit séparer absolument la loi civile du sacrement : parce que la loi se situe dans la sphère du pouvoir et dans le partage de ce pouvoir ; elle statue sur l'égalité des citoyens, hommes et femmes indifféremment, et sur la prise en charge des enfants. Alors que le sacrement place les hommes et les femmes devant Dieu, et là c'est "de par Dieu" qu'ils acquièrent leurs identités propres — un homme  fils du Père ; et une femme envoyée du Père en vis à vis — sans qu'on puisse anticiper la forme de leur présence dans la société. Ces identités sont toujours uniques, toujours une bonne nouvelle à voir venir.
Si on confond les deux registres, on va nécessairement rabattre ces identités d'hommes et de femmes "devant Dieu" dans la sphère du pouvoir, et c'est l'exercice de ce pouvoir, les rôles qu’on leur attribue à chacun, qu'on va alors essentialiser. C'est là le mensonge, et c'est là le péché : " Ils mettaient leur seuil près de mon seuil, les montants de leurs portes à côté des montants de mes portes, et il n'y avait qu'un mur entre moi et eux ; ils ont ainsi rendu impur mon nom sacré par les abominations qu'ils ont commises ; c'est pourquoi je les ai exterminés dans ma colère", peut-on lire dans la Bible (Ézéchiel 43, 8).

Je te salue bien,
Viviane
* Finalement ce sera le beau-père, Juda, qui sera mis à contribution pour que Tamar, sa belle-fille, soit enfin enceinte… et Dieu approuve ! (Genèse 38). Ce Juda figure,  avec Tamar,  dans la généalogie de Jésus en Matthieu 1, 3. Drôle de famille !

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