À Propos


Renaud Escande

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Philosophie

Moïse et l'idée de Peuple

Bruno Karsenti

Les juifs sont juifs en Moïse, qui ne l’était pas.
Ainsi se résume au plus court la proposition scandaleuse de Freud. Scandaleuse pour les juifs sans doute, mais scandaleuse en fait pour la culture occidentale dans sa globalité, au vu de la place qu’elle réserve dans son histoire à ce peuple en particulier, dont le caractère de peuple tout comme la persistance ne cessent pour elle d’être une énigme. De quoi est donc faite l’idée de peuple dont nous héritons ? Comment se transforme-t-elle, depuis l’irruption monothéiste où interviennent conjointement, mais selon une articulation mystérieuse, les trois instances du grand homme, du dieu unique, et du peuple élu ? Questions qui deviennent plus insistantes encore lorsque les modernes en viennent à se définir, avec Rousseau, à partir de « l’acte par lequel un peuple est un peuple » - non sans admettre que l’art du grand législateur est plus pour eux qu’un ancien souvenir, mais une source dont ils voudraient de nouveau bénéficier, à l’heure où ils prétendent se donner à eux-mêmes leurs lois.
C’est pourquoi, en dépit de l’incertitude qui plane sur son portrait et sur son existence, le législateur mosaïque ne cesse pas de hanter la conscience moderne. En lui se mêlent deux interrogations : comment se constitue l’expérience politique occidentale, et quelle place vient occuper le peuple juif dans cette histoire, sachant qu’elle est évidemment traversée par des lignes culturelles hétérogènes, et marquée décisivement par le christianisme ? Une lecture du dernier livre Freud doit permettre d’affronter ces deux questions, pour autant que l’on s’efforce, au-delà de l’analyse de la religion comme fait culturel générique, d’en restituer la portée politique.
Renaud Escande 02 13
* Aux Éditions du Cerf, coll. Passages.

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