à Propos


Philippe Lefebvre

 

Dans la même série

Ascension jpbo

Samedi Saint : Les chemins cachés pl

Le serviteur et le peuple pl

 

Les Saints Jours jpbo

Prière, aumône et jeûne… jpbo

 

Du même auteur

Trois regards sur le nom de Jésus 01 08

Le messie métisse 10 07

Repères ou convenances ? 10 07

Qui parle au commencement ? 10 07

Heureux 11 06

SUITE…

 
 
Annonciation. Dans la chair d'une femme, l'empreinte du Fil
 
"L'ange fit son annonce à Marie et elle conçut du Saint-Esprit". C'est ce que la formule liturgique de l'Angélus redit chaque jour, matin, midi et soir.

L'évangile de Luc est le seul qui, lors de la résurrection, ne présente pas Jésus rencontrant les femmes venues au tombeau. Chaque évangéliste propose cette scène. Jean se focalise sur la rencontre de Marie de Magdala et du Christ (Jean 20, 1-18). Marc, de manière brève et intense, inaugure le monde nouveau par l'apparition du ressuscité à la Magdalénienne (Marc 16, 9). Quant à Matthieu, il associe cette dernière à une autre Marie, et, selon son évangile, ce sont ces deux femmes que Jésus salue au sortir du tombeau (Matthieu 28, 1-10). Luc, lui, met en scène un groupe de femmes conduites par trois "meneuses" dont Marie de Magdala (Luc 24, 1-12). Ce "collectif" de femmes rencontre deux anges qui les abordent en disant : "Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?". Ils continuent à parler et les font souvenir des paroles de Jésus qui annonçait qu'il devait être livré, puis ressusciter le troisième jour.

Au moment où les femmes se souviennent de ces paroles, elles font demi-tour et vont annoncer ce qui leur est arrivé "aux onze et à tous les autres". Au fait, que leur est-il arrivé ? Elles ont vu deux personnages aux habits éclatants, elles ont écouté leurs propos, à leur exhortation elles se sont souvenues des paroles que Jésus avait dites. Mais Jésus, elles ne l'ont pas vu ; rien dans le texte ne le dit. Luc est-il contradictoire par rapport aux autres évangélistes ? Non ! Luc demeure fidèle à ce qu'il nous enseigne depuis le début de son ouvrage.

Marie reçoit la visite d'un ange ; elle parle avec lui, pose une question, prend une décision, entre dans une expérience qui peut se formuler, mais dont la réalité n'appartient qu'à elle ("l'Esprit saint viendra sur toi"…). "Et elle conçut du saint-Esprit". Luc nous fait assister à l'entrevue avec l'ange, puis à l'accomplissement de ce qu'il a annoncé : Marie portant le Fils dans sa chair. Même quand elle accouche à Bethléem, elle garde l'empreinte de ce Fils à l'intime de sa chair. Tout ce qu'elle pense, comprend, connaît désormais, prend forme dans la profondeur de son être, là où demeure la vivante trace que le corps du Fils a laissée.
Quand Marie a reçu la visite des bergers (Luc 2, 19), puis quand elle revient à Nazareth avec Joseph et Jésus, on répète qu'"elle conservait toutes ces paroles [1] dans son cœur" (Luc 2, 51). Le cœur est l'instance charnelle de la pensée et de l'intelligence dans l'Ancien Testament. La mention du cœur de Marie ne nous emmène pas dans la mièvrerie ou la puérilité ; elle désigne au contraire la compréhension que Marie réalise, de ce qui se dit et de ce qui se fait, d'une manière intime, vécue, vigoureuse. Cette compréhension a pour mesure le corps du Fils dont elle conserve la trace vivifiante. Quand le vieux Siméon s'adresse à Marie qui vient présenter au temple son fils, il lui dit : "Quant à toi, un glaive transpercera ton âme afin que soient révélées les raisonnements hors de beaucoup de cœurs" (Luc 2, 35). Le mystère de cette femme habitée par la forme du Fils permettra de mesurer bien des pensées : ces pensées sont-elles "informées" par le Fils, "formatées" selon sa stature ou ne sont-elles que des constructions humaines vite évanouies ? La femme portant le Fils dévoilera toute pensée conçue sans le Fils.

Les femmes au matin de la résurrection, encouragées par les anges, s'aperçoivent qu'elles portent déjà une parole qui leur fait comprendre toute la situation qu'elles sont en train de vivre : Jésus avait dit qu'il ressusciterait. Ces femmes portaient cette parole, qui reprend toutes les paroles et tous les gestes de Jésus : le Fils ne meurt pas, le Vivant ne réside pas chez les morts. La parole de Jésus a pris en elles la forme du Fils vivant. Elles peuvent désormais concevoir les événements qui surviennent et annoncer cette réalité aux disciples : le Fils est ressuscité, et eux aussi naissent avec le Fils, en Lui et par Lui et comme Lui ils ressuscitent, selon ce qu'Il a dit.

Au début des Actes des Apôtres, un livre dont Luc est aussi l'auteur, on voit les onze apôtres réunis à Jérusalem après la résurrection "avec des femmes et Marie la mère de Jésus" (Actes 1, 14). Et que doit-il se passer : l'Esprit saint va venir sur eux, comme Jésus l'a annoncé [2]. Marie et d'autres femmes qui portent l'empreinte du Fils vont mettre au monde ces fils qui les entourent, ces hommes qui ne se savent pas encore tout à fait fils-avec-le-Fils. Le même Esprit saint qui a placé en Marie l'icône efficiente du Fils, va de même configurer les disciples au Fils. Et ceux-ci enfin vont se mettre à dire des paroles toutes pétries de la Parole. Le Verbe se fait chair en eux. Marie, présente au milieu d'eux, a révélé les pensées de leurs cœurs, comme des pensées formées à l'aune du Fils. Elle témoigne par sa présence que leur chair est une chair de fils.
Philippe Lefebvre 12 08

1. Le mot grec, rhémata, signifie d'abord "paroles". À l'instar de l'hébreu, le mot prend aussi le sens de "événements" ("Marie gardait tous ces événements dans son cœur"). Les événements parlent, les aproles renvoient à une réalité événementielle vécue.

2. Cf. Actes 2 et l'annonce en Luc 24, 49 : "la Promesse du Père", "la Force d'en haut".
 

LA LETTRE
vous informe
de l'actualité de
LaCourDieu.com

Votre courriel :