Écho


Renaud Escande

 

Dans la même série

Écho n°1 "Commencements"


SUITE…

 

Écho n°2 

Stérile / Fertile
31 mai- 1er Juin 2008

"AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE RYTHME" ! Ainsi débute le grand traité d’orchestration du célèbre chef Hans von Bülow. Et c’est avec cette affirmation que nous avons débuté cette deuxième rencontre, l’ouvrant sur l’écho nostalgique, de la première toute occupée aux commencements.
"Au commencement était le rythme" ! Un rythme que l’on sent battre, comme on esquisse un pas de danse, dans le titre retenu pour cette rencontre : stérile /slash-trait-césure-entaille/ fertile.

Un peu comme une mise en rythme.
Stérile, fertile, et puis cette coupure au milieu, ce trait, cet espace qui différencie et qui fait rive, qui sépare mais en enchaînant, insufflant un mouvement, toujours bancal, un peu comme existe la marche, suspendue à un « pas encore », dont elle-même perpétue l’instance.
Stérile / Fertile, un rythme ternaire, une forme bien connu des philosophes, qui pourrait se résoudre, se fondre ou s’épuiser dans le concept même de fécondité.

Dans cette processualité, du stérile vers le fertile, le premier terme ne peut être vécu comme un terme justement, un état fixe, stable, en repos indéfini, mais bien plutôt comme un moment en appel, en ouverture, bref comme une stase prise dans sons sens actif de révolte, et de mise en branle.

Et au terme d’un parcours déjà recommencé, la fertilité n’est pas close mais toujours déjà en manque de la stérilité qui la fonde.

Bref, Il faut que le grain/point meure pour donner beaucoup de fruits.

Merci à tous pour avoir accepté de se prêter au jeu de la rencontre et nous avoir offert de fructueux débats.


Stérile / Fertile… le samedi
Et c’est avec la bible que ceux-ci commencèrent…

Stérile / fertile fait partie des nombreux binômes de mots qu’il convient d’appréhender ensemble. Car le pire serait d’isoler chaque vocable et de le définir pour lui-même : c’est là le principe de l’idolâtrie. Stérile / fertile est un binôme opératoire dans la Bible : les termes peuvent s’appliquer aux humains comme aux terres. Dans plusieurs textes, ces deux horizons de réalités se superposent d’ailleurs : Sara, épouse d’Abraham, est stérile et la terre Promise où le vieux couple parvient connaît une famine (Genèse 12) ; la femme de Sarepta que rencontre le prophète Élie est veuve, en charge d’un fils, et elle est sur le point de mourir, elle et son fils, dans un contexte de terre réfractaire à toute production (1 Rois 17). La stérilité et la fertilité ne sont pas des problèmes individuels : ils traversent le réel dans ses différents registres et font de la chair l’écho ou la récapitulation de ce qui atteint le lieu où cette chair évolue. Un des champs sémantiques qui expriment stérile / fertile est celui du fruit : ne pas porter / porter du fruit. Le fruit désigne une fécondité (une fertilité devenue effective) qui ne naît pas de dispositifs ni de suites répertoriées de causes et d’effets. Le fruit a son lieu dans une terre ou une chair, mais il n’en vient pas comme un prolongement attendu. Il dit le mystère d’une vie venue de plus loin et d’abord pas donnée. Les femmes stériles qui scandent les trois premières générations de patriarches marquent ainsi autant d’occasions de vie. Stérile peut même être compris comme cet abandon des projets et du connu d’avance, cet avènement de l’insu qui n’a pas dit son dernier mot.

Stérile / fertile… le dimanche

Au matin, nous avons ouvert la porte du jardin pour une superbe visite.

Le jardin, en effet, s’est trouvé indexer, dans l’iconographie picturale, une certaine idée de la fertilité. Afin d’en saisir la subtilité, et le rapport ténu existant entre fertile et stérile, nous nous sommes penchés sur les figures tutélaires qui peuplent ces jardins peints ; deux, avant tout : le Priape que vénère l’antiquité, et la Vierge que le Moyen-Âge finissant assimile en peinture au « jardin bien clos ». Si tous deux parlent de fertilité du monde, leur jeu est pourtant différent : l’un promet la force et l’élan du printemps qui reviendra, l’autre, assise, rappelle qu’il faudra en passer par l’hiver. Mais tous deux nous assurent qu’il n’y aurait de stérile qu’un monde sans cycle, sans ombres, et sans retour.

Jean-Marie Gleize a continué, pour nous, la lecture de Films à venir.

Enfin l’après-midi, à travers la représentation photographique des jardins, nous avons voulu porter l’accent sur l’interprétation du lieu : tenter de retrouver l’intention, la culture, les images qui ont été à l’œuvre dans la fabrication d’un espace.

De nombreuses études ont été réalisées sur la représentation des jardins historiques à travers la peinture. Mais la photographie affecte différemment l’espace du jardin dans la manière de le penser et de le représenter voire même de le créer, l’iconographie étant toujours, consciemment ou non, un élément essentiel convoqué dans la réalisation de nouveaux espaces.

Renaud Escande 06 08
PROGRAMME DES JOURNÉES

Samedi matin
- Renaud Escande, éditeur de philosophie
- Philippe Lefebvre, bibliste
- Nicolas Soulier, architecte-urbaniste

Samedi après-midi
- Florinel Radu, Pieter Versteegh, architectes
- Camille Saint-Jacques, artiste
- Jean-Marie Gleize, poète
- Cécile Daladier, artiste

Dimanche
- Marie-Blanche Potte, historienne des jardins
- Jean-Marie Gleize, poète
- Pierre Thibaut, historien des jardins

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