Bouch'Bée


Philippe Lefebvre

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SUITE…

 

Actrices
un film de Valéria Bruni-Tedeschi, 2007

NOUS AVONS DÉJÀ RECENSÉ le premier film de Valéria Bruni Tedeschi, Il est plus facile à un chameau. Il m'avait beaucoup plu. Plein d'espoir, je suis allé voir le deuxième film de la même réalisatrice (où elle figure aussi comme actrice principale) et j'ai été plutôt déçu, alors même qu'il est fort intelligemment fait. Ce film raconte la préparation puis la représentation d'une pièce de Tourgueniev, Un mois à la campagne, au théâtre des Amandiers à Nanterre. S'ensuit un jeu, subtilement mené, de relations entre les acteurs du film et les rôles qu'ils assument dans la pièce. Où est-on ? Dans la "vraie" vie ou dans le théâtre ? Tout le film se déploie dans les jeux fascinants du "réel" et de ses doubles : l'actrice principale rencontre par moments le "vrai" personnage de Tourgueniev, Nathalia Petrovna, qu'elle est censée incarner au théâtre, et puis elle rencontre des défunts de sa famille, qui viennent une dernière fois jouer leur rôle de père ou de frère ; sa mère dans le film, la belle Marisa Borini, est aussi sa "vraie" mère à la ville (elle était déjà présente comme mère dans le film précédent). Tout montre que Actrices est conçu comme la mise en scène d'un jeu chatoyant de doubles — de dupes ? Miroirs, mirages, orages, "ô rage, ô désespoir"… Valéria Bruni apparaît mi-figue mi-raisin, fait des mi-fugues, s'explique par des mi-raisons. On est souvent dans l'incertitude (fausses détresses ou vrais caprices ?) qu'expriment régulièrement les fous rires de Valéria qui sont en fait des crises de larmes, à moins que ce ne soit l'inverse. Tout cela est très orchestré, structuré par des thèmes récurrents : l'enfance (avoir ou être un enfant), la nage (scènes de piscine et scènes de Seine), Paris de jour et de nuit…

Cette virtuosité incontestable finit par tourner sur elle-même. L'héroïne a quarante ans, bientôt elle ne pourra plus avoir d'enfant, elle cherche un homme et ne l'a pas trouvé ; ses collègues du théâtre cherchent eux aussi, ont trouvé, mais pas en fait, ou pas vraiment, ou pas encore. Chacun explore toutes les possibilités de rencontre : l'héroïne et le jeune premier, ou le metteur en scène, ou tel acteur ami d'autrefois, ou tel prêtre (thème récurrent de la "religion" comme dans le premier film) à qui elle demande de lui faire un enfant par charité chrétienne… C'est parfois poignant, parfois drôle, finalement lassant, même si le tempo du film nous entraîne, même si les jeux des doubles donnent une certaine distance qui empêche toute lourdeur pathétique. Mais c'est lassant dans la mesure où l'on demeure dans un monde limité. Chaque personnage semble croire que la clé de son bonheur et du sens de sa vie viendra d'en dehors de lui, qu'un autre (figure paternelle ou prince charmant, évoqué dès le début) sera la solution. Le film se termine sans être résolu ; on pourrait dire qu'il s'inscrit bien dans le monde post-moderne où l'on ne cherche plus à résoudre, mais à vivre dans un champ de tensions antithétiques. Certes. N'était le fait que des vérités sont plusieurs fois dites, qui manifestent une conscience venant comme par trouées successives. Ainsi quand l'actrice principale reçoit des félicitations pour son interprétation dans la pièce de Tourgueniev, elle répond que non, que ce n'est pas ça, qu'elle n'a pas trouvé son jeu. Est-ce là une manière qu'a la réalisatrice de nous dire, au moment où elle présente un film virtuose, qu'elle sait bien qu'elle demeure à côté du "vrai" film qu'elle aurait pu faire ?
Philippe Lefebvre 01 08

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