Bouch'Bée


Viviane de Montalembert

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SUITE… 

 

 
 
Dans le nu de la vie
de Jean Hatzfeld. Vol. 1

 
Jean Hatzfeld est journaliste, reporter de guerre. Il a couvert la plupart des grands conflits de la fin du XXème siècle. Au Rwanda, il y était, en 1994 pendant les tueries. Mais il n’a aperçu alors que des villages calmes, où des femmes semblaient accomplir paisiblement leurs tâches quotidiennes. Avec ses collègues occidentaux, il a sillonné le pays sans se douter qu’à quelques centaines de mètres de la route où passaient leurs camions de presse se déroulait, jour après jour, l’un des plus implacables génocides de ce siècle : "…environ 50 000 Tutsis, sur une population d’environ 59 000, ont été massacrés à la machette, tous les jours de la semaine, de 9h30 à 16h, par des miliciens et voisins Hutus, sur les collines de la commune de Nyamata, au Rwanda".

Tragédie prévisible et attendue, dans les villes comme dans les campagnes. "On enveloppait nos craintes dans des feuilles de silence" (p.175), commente Berthe, une rescapée. Dans le Rwanda surpeuplé, les Tutsis éleveurs de vaches, aux yeux des Hutus cultivateurs, sont de trop. Les Français aussi le savent, qui prennent soin d’évacuer leurs ressortissants juste avant que soit donné le signal des tueries.

En 2000, quatre ans après le génocide, Jean Hatzfeld retourne au Rwanda. Il ne se résigne pas au silence des survivants, "aussi énigmatique que le silence des rescapés au lendemain de l’ouverture des camps de concentration nazis" (p.8). Le génocide, entre eux ils en parlent tout le temps, mais pas avec les absents ni avec les étrangers.

Pourtant, peu à peu, Jean Hatzfeld les convainc de raconter, prudemment, ce qui leur est arrivé, comment ils l’ont vécu, d’en dire quelque chose. Les témoignages se succèdent, sobres, pudiques. Des hommes et des femmes acceptent de parler. Ils choisissent leurs mots, conscients de l’impossibilité de dire tout à fait l’horreur vécue, et la honte. La honte d’avoir été désignés pour le massacre ; et la honte aussi d’avoir constaté, chez les tueurs, une telle désinvolture, la totale absence des sentiments. "Maintenant je sais, confesse Berthe, que la même personne avec qui tu as trempé les mains dans le plat à manger, ou avec qui tu as dormi, il peut te tuer sans gêne" (p.182).

Ce livre se lit comme on traverse, durant la Semaine Sainte, les récits de la Passion. Le silence n’y est pas aboli mais, tout au long du texte, il s’amplifie et dévoile l'imprescriptible dignité de la personne humaine en son plus profond abaissement. Sylvie, une rescapée que l’auteur interroge sur le secret de ses belles phrases, lui répond : "Ça coule comme ça, parce que si on revient de là-bas, on a voyagé dans le nu de la vie" (p.202).

Deux livres font suite à ce premier ouvrage : "Une saison de machettes" paru en 2003, et "La stratégie des antilopes" qui vient d’obtenir le prix Médicis. Je vous les présenterai dans de prochains articles afin de laisser aujourd’hui, à ce premier livre bouleversant, toute sa place.

Viviane de Montalembert 12 07

* Jean HATZFELD, "Dans le nu de la vie. Récits des marais rwandais", Éditions du Seuil, coll. Points, n°969 2000.

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