DiQuid


Philippe Lefebvre

 

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La manipulation : un terme biblique

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DIQUID 1
Les manipulateurs
dans la Bible
RÉPONSES
1 : A Genèse 37, 31-34
Initialement, les frères de Joseph avaient comploté de tuer Joseph. Ils décident finalement de le vendre. Puis ils égorgent un bouc et maculent de son sang la tunique de Joseph. Ils envoient le vêtement à Jacob qui conclut qu'une bête sauvage a dévoré son fils. Voici un aspect particulièrement pervers de la manipulation : Jacob lui-même est amené à la conclusion ; c'est comme si c'était lui qui prononçait l'acte de décès de Joseph et donnait officiellement cette version des faits. Mais, comme toujours, ce que font les manipulateurs s'inscrit en fait dans la victoire de la vie. Un bouc est tué à la place de Joseph, de même un bélier fut égorgé à la place d'Isaac (Genèse 22) : le fils ne meurt pas. Et c'est sans doute l'histoire la plus fondamentale de la Bible qui est évoquée ici à la faveur d'un mensonge : le fils que l'on dit mort n'est pas mort. De fait, bien des années après, Joseph retrouvera ses frères en Égypte et il se donnera à voir à ces onze qui l'avaient conduit jusqu'aux portes de la mort (Genèse 45). Jésus ressuscité apparaît aussi aux onze qu'il appelle alors ses "frères". Le fils est vivant, quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise !

2 : A Nombres 12, 1 ss

Miryam et Aaron parlent contre leur frère à cause de la femme "africaine" qu'il a prise. La suite du texte montre que ce reproche n'a aucune suite en fait : ils sont jaloux de Moïse et cherchent un prétexte pour l'accabler. Il y a deux traditions concernant Sippora, la femme de Moïse : on dit en Exode 2, 16-21 qu'elle est de Madian (= l'Arabie actuelle), et ici dans les Nombres qu'elle est "Coushite", c'est-à-dire Éthiopienne (l'Éthiopie pour les Méditerranéens de l'Antiquité désigne le bout du monde africain). Sippora est donc une Arabe ou une femme d'Afrique noire : une beur ou une black, avec un problème d'intégration ! Cette question ne date vraiment pas d'aujourd'hui. Il se peut aussi que le terme "Éthiopienne" soit une insulte dans la bouche de Miryam et Aaron, quelles que soient les origines de Sippora : la "négresse".
Notons que Moïse est le plus grand chef religieux du judaïsme jusqu'à ce jour et il contrevient à une règle essentielle du judaïsme : épouser une femme juive pour avoir des enfants juifs. Plusieurs héros de la Bible sont dans ce cas : ils épousent des femmes étrangères et leurs enfants ne sont donc pas juifs légalement. La Bible fait réfléchir sur ce que signifie appartenir à la race d'Abraham : ce n'est pas une question de chromosomes ou de couleur de peau ; il s'agit de connaître Dieu : ceux qui le connaissent comme Sippora sont des membres à part entière du peuple. Dernière note ludique : Sippora a été adapté dans les Bibles anciennes en Séphora ; c'est aujourd'hui le nom d'une chaîne de magasins de parfums (Ah ! les parfums d'Arabie ou d'Éthiopie…).

3 : A par exemple : Matthieu 9, 10-11
Les Pharisiens se plaignent généralement de Jésus à ses disciples. Et quand ils ont à se plaindre des disciples, ils le font habituellement auprès de Jésus (par exemple : Matthieu 15, 1-2). Ils évitent ainsi le face à face et tentent de faire d'une pierre deux coups : ils disent du mal de Jésus et espèrent troubler les fragiles disciples, leur suggérant qu'ils font fausse route en suivant un maître aussi nul que Jésus. Le manipulateur essaie toujours d'avoir une action sur au moins deux personnes, deux groupes, ou de dire des paroles qui font mal à plusieurs.
4 : B Matthieu 22, 15-22
Ce texte fait partie des nombreux "travaux pratiques" de l'évangile : comprendre le mécanisme d'une manipulation et voir comment Jésus s'en sort et retourne la situation. La question posée à Jésus est légitime ("faut-il payer le tribut à César"), mais cela est fait d'une manière perverse (comme notre évangile le dit d'ailleurs : Matthieu 22, 18).Les Pharisiens qui veulent mettre Jésus à l'épreuve ne le font pas directement : ils envoient leurs propres disciples ; ces disciples commencent par des flatteries ("Maître, nous savons que tu es véridique" etc.) ; et puis leur question surgit comme un ultimatum : "est-il permis (…), oui ou non ?". Jésus dégoupille l'agression : il dénonce leur manœuvre et leur demande de lui montrer l'argent avec lequel on pourrait payer ces fameux impôts. Les disciples pharisiens en sortent de leurs poches. Bien joué ; ils ont posé une question à Jésus, Jésus leur demande aussi quelque chose : tout le monde est sollicité. Et puis, ils ont dans leurs portefeuilles de l'argent romain avec l'effigie de César. C'est un peu comme si quelqu'un parlait sans cesse contre les États-Unis en ayant des dollars pleins les poches. Jésus leur montre qu'ils vivent finalement assez bien avec l'occupant romain et avec son argent.

5 : C Psaume 41, 6 (dans les Bibles)
Psaume 40, 6 (dans la liturgie).
Les psaumes dévoilent souvent les fondements des actes : les ennemis du juste ne sont pas un peu méchants tout en ayant des qualités à côté ; ils méditent bel et bien la mort. Si le juste semble gravement malade, ils se frottent les mains parce que c'est ce qu'ils auraient voulu faire : donner la mort. C'est un des critères majeurs pour distinguer le juste de l'impie selon les psaumes. Sachant que tout le monde est habité par les mêmes désirs, les mêmes pulsions, les mêmes conflits, il y a cependant des gens pour se réjouir du malheur d'un autre, pour peser de tout leur poids sur celui qui est déjà à terre, pour se plaire à l'idée qu'un autre est mis hors-jeu par les circonstances. Et il y a d'autres personnes qui ne réagissent jamais ainsi.

6 : B 1 Rois 21
Le couple royal Achab et Jézabel : deux manipulateurs de types très différents qui, mis ensemble, font des ravages. Lui est un gamin capricieux et boudeur, elle une dominatrice active. Achab veut la vigne de Naboth, sans aucune raison que son bon plaisir ; c'est Jézabel qui passe à l'action pour que son gros bébé de mari obtienne ce qu'il veut ("Je vais te la donner, moi, la vigne de Naboth" 1 Rois 21, 7). Elle organise un procès truqué et l'on accuse Naboth d'avoir maudit Dieu et le roi. Plusieurs éléments de ce récit sont repris dans les récits du procès de Jésus (notamment les faux témoins : 1 Rois 21, 10 et Matthieu 26, 59-61). Naboth finit lapidé "en dehors de la ville" (1 Rois 21, 13).Ce dernier détail rappelle aussi Jésus crucifié en dehors de l'enceinte de Jérusalem ; quant à la vigne dont on tue le légitime héritier, Naboth (cf. cette notion d'héritage : 1 Rois 21, 3), l'image en est reprise dans plusieurs paraboles de Jésus (cf. les vignerons homicides : Matthieu 21, 33-46 et les parallèles : Marc 12, 1-12 et Luc 20, 9-19).

7 : A Siracide 12, 16
Le Siracide fait comprendre de manière très concrète et explicite les agissements des manipulateurs. Dans ce verset, il met en scène le manipulateur qui se fait plaindre, qu'on prend en pitié, et qui devient un vampire dès qu'il le peut. Lire en particulier Siracide 12, 8-18, et avant 11, 29-34. Il y a dans la Bible tout un thème vampirique pour parler de ceux qui se repaissent du plus intime et du plus vital des autres. Jésus en donnant son sang à boire retourne complètement cette horrible prédation : c'est lui qui donne son sang et ce sang est rempli de vie, il diffuse la vie.
À noter : un livre récent (et tout à fait "laïc") sur les manipulateurs de G. Lopez ; il s'intitule Le vampirisme au quotidien, L'esprit du temps, 2001.

8 : A Siracide 22, 10
"Qui s'entretient avec un sot s'entretient avec un endormi ; à la fin celui-ci dira : "De quoi s'agit-il ?" (Siracide 12, 16). Le sot dans la littérature de sagesse n'est pas un pauvre type à qui il manque une case. C'est celui ou celle qui n'entre pas dans la compréhension profonde de la vie. Il ne dit que des banalités sur tout, il n'est enthousiasmé par rien, et dès qu'on lui dit une pensée personnelle un peu originale, il n'écoute plus. En fait, il vit dans un monde fermé, peuplé de clones qui pensent et font tous les mêmes choses. Il s'est fermé à toute vie personnelle, à toute nouveauté, à toute écoute. C'est une des formes de l'impiété : le texte du Siracide continue d'ailleurs (au verset 12) en mettant sur le même plan l'impie et le sot. La sottise ainsi conçue est une redoutable force de manipulation : on s'échine à parler au sot, à essayer de l'intéresser, à le faire rire, à lui partager ses joies, ses passions, et il rétorque : "De quoi s'agit-il ?" Comme le dit Siracide 22, 14, avec un mélange d'humour, de tragédie et de concret : "Quoi de plus lourd que le plomb ? Et comment le nommer sinon : “sot”". Le sot pèse donc de toute sa force d'inertie pour rendre vaine toute tentative de vie.

9 : A Actes 13, 49-50
"La parole du Seigneur se répandait à travers toute la contrée. Mais les Juifs montèrent la tête aux dames distinguées qui adoraient Dieu, ainsi qu'aux notables de la ville ; ils soulevèrent une persécution contre Paul et Barnabé et les chassèrent de leur territoire".
Les dames de la bonne société en question sont des païennes "craignant Dieu", c'est-à-dire qu'elles prient le Dieu révélé par la Bible sans devenir juives. L'auteur des Actes des Apôtres, qui est aussi l'auteur de l'évangile selon s. Luc, est attentif dans l'un et l'autre ouvrages à souligner la présence des femmes et leur action dans l'annonce de la Bonne nouvelle. Les femmes précisément ont souvent un rôle clé d'après les Actes lors de l'accueil de la foi. Dans le premier chapitre des Actes, Marie et des femmes avec elle accompagnent les disciples qui doivent recevoir l'Esprit saint (Actes 1, 14) ; quand Paul commence à prêcher en Grèce, il le fait à un groupe de femmes (Actes 16, 12-13), à Thessalonique, il entraîne bien des gens dont des femmes de la bonne société (Actes 17, 4). Comme le montre notre texte de Actes 13, ces dames distinguées sont recherchées dans les cités ! Quand on veut faire pression, il est bon de se les rallier. Ici donc, des bourgeoises d'Antioche appuient un lobby contre Paul et Barnabé, ailleurs elles sont leaders d'une conversion au Christ. Certains cherchent à les réduire à l'état de groupe tout fait et à les manipuler ; l'intéressant, c'est quand des femmes à la personnalité précise apparaissent dans ces groupes et montrent qu'elles ne sont pas des marionnettes. Telle est Lydie à Philippes, une riche négociante en pourpre (Actes 16, 14 et la suite), telle est Damaris à Athènes (Actes 17, 34).

10 : C 1 Samuel 26, 21-27, 2
Saül est un exemple de manipulateur, longuement décrit et analysé dans les Livres de Samuel (1 Samuel 9-31). Saül veut toujours être au centre et déteste qu'une personne lui fasse de l'ombre. Il s'attribue ainsi officiellement un exploit que son fils Jonathan a accompli (1 Samuel 13, 3-4) ; il dispose de ses filles à marier comme si elles étaient des objets (1 Samuel 18, 17-28). Quand David, qui a reçu comme lui l'onction de roi-messie, arrive auprès de lui, sa jalousie prend feu (1 Samuel 18, 9). À deux reprises, il cherche à le transpercer de sa lance (1 Samuel 18, 11 et 19, 10 ; notons au passage cette image du messie qu'on veut transpercer, "clouer" comme le dit Saül en 1 Samuel 18, 10. Il passe des années à poursuivre David pour le tuer (à partir de 1 Samuel 19). Par deux fois, David se trouve en situation de supériorité : il pourrait éliminer Saül sans difficulté, mais il ne le fait pas (1 Samuel 24 et 26). Dans ces deux cas, lorsque Saül voit qu'il aurait pu être tué par David, il ne peut faire autrement que de reconnaître ses erreurs ; il le fait avec des torrents de paroles, d'émotion ("J'ai péché, David, mon fils" etc). David finit par devenir très "clinique" vis-à-vis de ces revirements auxquels on pourrait se laisser prendre. Tout en gardant la résolution de na jamais porter la main sur Saül, il décide de demeurer à distance de Saül, même quand celui-ci reconnaît ses erreurs, car il sait que dans l'heure suivante, Saül aura totalement changé d'état d'esprit et se remettra à le poursuivre. Ainsi en va-t-il du manipulateur ; il s'agit d'acquérir envers lui ou elle, un regard objectif, dépassionné, presque médical.
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DIQUID
VOS POINTS, POINT PAR POINT


Si vous avez entre 0 et 4 points.
Vous êtes dans une excellente situation : vous avez des tas de choses à découvrir dans la Bible. Elle s'ouvre devant vous comme un pays à explorer. Alors, n'ayez pas peur d'y entrer. Découvrez à quel point ses histoires sont vos histoires. En fait, c'est un pays qui ne dépayse pas ; on a plutôt l'impression en la lisant d'habiter peu à peu sa vraie patrie.

Si vous avez entre 4 et 6 points.
Vous avez déjà pris pied dans la Bible. Elle vous est familière. Continuez à la lire comme une histoire personnelle, comme le journal de bord de votre vie. Détectez de plus en plus sa manière d'éclairer le quotidien et d'en montrer les racines profondes. Des exercices : 1) Partez par exemple à la recherche de manipulateurs et de contre-manipulateurs dans un livre biblique donné. 2) Voyez comment Jésus est souvent mis en situation d'être manipulé et comment il déjoue les plans faits contre lui.

Si vous avez entre 7 et 9 points.
Vous connaissez très bien la Bible et très bien les agissements des manipulateurs. Si vous ne le faites pas déjà, enseignez, Bible en main, ce que vous connaissez sur la manipulation et ce qu'en dit la Parole de Dieu, à ceux à qui cela peut être utile.

Si vous avez dix points.
Vous avez gagné votre poids en versets bibliques, une ovation d'anges, une course sur l'ânesse de Balaam (plus une conversation avec elle : Nombres 22, 28-30). BRAVO !
Philippe Lefebvre 10.05

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