Mot à Mot


Philippe Lefebvre

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SUITE… 

 


Femme actuelle

Luc 1, 26-38


UNE FOIS DE PLUS, LE DIALOGUER DE L'ANGE ET DE MARIE en ce jour de l'Immaculée Conception. Toujours aussi étonnant. Cette jeune femme écoute les propos de l'ange, demande plus d'informations et puis elle prend sa décision. À aucun moment elle ne dit qu'elle doit aller consulter son père, son fiancé ou le rabbin de son village. Elle ne fait pas non plus la timide, la gamine déboussolée, la pauvre chérie fragile qui laisserait attendre sa réponse. Marie, c'est une femme. Elle entre dans la difficulté des choses, dans l'aventure telle qu'elle se présente. Elle estime savoir ce qu'il lui faut savoir pour se déterminer et ce qu'elle ne comprend pas, elle le demande. Sa vie ne dépend pas d'autres créatures, sa résolution n'est pas le produit d'infinies discussions.

On parle depuis longtemps dans la tradition chrétienne de l'imitation de Jésus-Christ. On pourrait parler de l'imitation de Marie : pour les femmes, Marie ouvre un chemin d'autonomie, d'audace, de maturité. Aucune parole humaine, aucune parole masculine qui seraient plus fortes que sa propre décision. Évidemment, nous avons tous les arguments possibles pour mettre fin à cette méditation : "oui, mais Marie, c'est Marie, et puis la vie c'est plus compliqué, et puis il y a des décisions qui ne sont pas si simples à prendre, et puis il faut dialoguer, et puis et puis"… Nous savons tous cela.

La scène de l'annonciation comme beaucoup de scènes bibliques nous est proposée pour désigner un registre, pas pour être un mode d'emploi ou un exemple qui place haut la barre. Et le registre que révèle le dialogue de l'ange et de Marie, c'est celui d'une femme quand elle travaille à la vie. Si on lit la suite du texte, Marie part "en toute hâte" chez Élisabeth sa cousine ; cela signifie que ça n'est pas si simple pour elle d'assumer le choix qu'elle vient de faire. Elle part pour célébrer et pour trouver les mots adéquats avec son aînée pendant trois mois (Luc 1, 39-56). Elle n'est jamais esseulée comme si sa décision la retranchait du monde des humains. Non, sa décision la plonge d'autant plus dans le quotidien : elle devient épouse de Joseph, d'une manière qui n'appartient qu'à eux. Elle vit dans un entourage de femmes, d'amis, de rencontres de toutes sortes avec des gens qui veulent voir Jésus et pas toujours pour lui faire du bien. Elle a besoin de temps pour digérer dans sa chair tout ce qui arrive et dont elle est partie prenante (Luc 2, 51). Mais elle n'abdique jamais son vouloir de femme qui pense et se décide avec l'Esprit saint.

Ce n'est en rien une affaire de formes. D'autres femmes sont de la trempe de Marie sans vivre la vie de Marie. Parmi ces femmes : une prostituée de village qui prend la décision stupéfiante d'entrer dans un repas d'hommes et de masser les pieds de Jésus avec ses cheveux (Luc 7, 36-50), une païenne totalement étrangère à la fois d'Israël qui traverse sans vergogne tous les barrages pour demander à Jésus la guérison de sa fille (évangile selon s. Matthieu 15, 21-28). À cette dernière d'ailleurs, Jésus dit : "Qu'il en soit comme tu veux". L'expression "comme tu veux", Jésus la réserve à part cela uniquement à son père : "Père, non pas comme je veux, mais comme tu veux" (Matthieu 26, 39). Une femme habitée par l'Esprit, quelle que soit la conscience qu'elle a qu'il s'agit de l'Esprit, sait ce qu'elle a à faire. Et si elle entre en dialogue, ce n'est pas comme une pauvre chose à qui des messieurs-papas vont donner les scénarios qu'elle doit vivre. C'est comme une femme qui est en train d'accoucher de cette volonté du Père qu'elle porte, même si cela n'est pas d'abord totalement explicite.

Quand Jésus donne un cours sur la prière à ses disciples, il ne les renvoie pas à de grands hommes dont l'Ancien Testament regorge (Abraham, Moïse, Samuel…). Il leur dit de suivre une petite dame du quartier : une veuve qui chaque jour va demander justice à un juge inique (Luc 18, 1-8). Voilà, dit Jésus, prier, c'est faire comme cette dame. Les maîtres de prière de notre tradition chrétienne sont ceux qui, sur l'ordre de Jésus-Christ, se sont mis à l'école de cette veuve qui vivait dans un bled oriental.

Femmes, relevez la tête. Pour l'honneur de Dieu, pour la joie des hommes, sachez que vous avez plus de vie, plus de vérité, plus de paroles qu'il ne semble. Que vous vous reconnaissiez dans Marie, dans la veuve du patelin palestinien, dans la prostituée du faubourg de Jérusalem, dans la païenne sans aucune formation, dans plusieurs de ces femmes ou dans d'autres, soyez-en sûres : "l'Esprit Saint vient sur toi et la puissance du Très-Haut te prend sous son ombre" (Luc 1, 35).
Philippe Lefebvre 12 05

 

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