Mot à Mot


Philippe Lefebvre


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1er Dimanche de l'Avent
 
Veillez
Marc 13, 33-35

"Veillez car vous ne savez pas quand viendra le moment. Il en est comme d'un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de maison reviendra."

Il y a un temps, dans une vie, où Dieu est en dehors. On comprend alors le rapport maître-serviteur dont parle Jésus comme une relation dont les deux termes sont exclusifs l'un de l'autre : le maître n'est pas le serviteur; il donne ses ordres et le serviteur, bon an mal an, tente de les accomplir. C'est une période de nuit où l'on n'est pas sûr de Dieu (me voit-il ? M'aime-t-il ?), où l'on n'est pas sûr de soi (suis-je digne ? Vais-je arriver à quelque chose ? À quoi bon ?). Se poser des questions, ne plus savoir, remettre en chantier tout, abandonner, recommencer : travail de serviteur qui s'habitue à vivre au quotidien avec son maître.

Et puis vient un temps où les choses changent : on n'entend plus cette parabole de la même oreille. Bien plus, il ne faut plus l'entendre comme on l'entendait naguère. Si vraiment on vit avec Dieu, alors les mots prennent un sens neuf, les mêmes exhortations résonnent autrement, plus profondément.

Adam et Ève au jardin. Les voici autour de l'arbre dont Dieu a dit de ne pas manger (Genèse 3). Le serpent intervient. On s'étonne souvent : mais où était Dieu ? Pourquoi a-t-il laissés seuls les époux Adam ?

Or, Dieu est-il vraiment absent ? Il a créé cet homme et cette femme à son image et selon sa ressemblance (Genèse 1, 26-28). S'ils sont là tous deux, alors Dieu est là. En eux, par eux, il est présent.

Le maître dans notre parabole est parti. Entendons cela au sens biblique. Où Dieu part-il selon la Bible, depuis le commencement ? Il part dans notre chair ; c'est là qu'il déménage pour y établir sa demeure. Non plus devant moi, mais au dedans de moi.

Adam et Ève ne sont pas abandonnés par un Dieu parti Dieu sait où. Ils vivent la grande aventure de toute chair dans laquelle Dieu est en train de prendre pied.

Dieu a dit à Adam et Ève : "Portez du fruit et multipliez-vous" (Genèse 1, 28), puis à Adam : "De tous les arbres tu peux manger, mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas" (Genèse 2, 16-17), et il a placé Adam "pour travailler et garder le jardin" (Genèse 2, 15). Comme le fait le maître de la parabole, "il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au gardien de veiller". Et puis il est parti… dans leur chair.

N'est-ce pas d'ailleurs la promesse que suggère Genèse 2, 24 : un homme et une femme sont appelés à faire "une seule chair" ? Comment faire une seule chair quand on est deux ? En ayant sa chair habitée par Celui qui travaille à unir.

Adam et Ève : le serviteur et la servante qui ont reçu les pleins pouvoirs" (cf Gn 1, 28 : royauté donnée à l'homme et à la femme). Comment faire usage de ce pouvoir ? En veillant, en veillant à ce que la vie soit honorée et servie. Veiller, ce n'est donc pas attendre dans le vide un Dieu aux abonnés absents. C'est pourvoir à la vie, la servir, c'est donc ressembler à Dieu qui depuis toujours agit ainsi.

C'est peu à peu que la ressemblance avec lui s'affirme, s'affine, s'impose. En fait de ressemblance, c'est lui qui affleure partout en toi, dans tes gestes, tes paroles, ton allure. Tu le portes et ça finit par se voir. En toi, par toi, avec toi, le Maître vient parmi nous. Tu ne le sais parfois pas toi-même, que tu lui ressembles. C'est toujours inattendu de voir le Maître revenir dans ses multiples serviteurs qui agissent comme il agit, qui font ce qu'il fait, qui donnent ce qu'ils reçoivent de lui.

Philippe Lefebvre 12 05

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