Mot à Mot


Philippe Lefebvre


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24ème dimanche du Temps Ordinaire

Des paraboles pour dire du neuf

Luc 15, 1-10
Deux paraboles célèbres : la brebis perdue et la pièce égarée. Les paraboles sont de petites histoires concrètes destinées à faire comprendre une réalité encore plus concrète: nous-mêmes, notre vie de chaque jour. Elles jettent la lumière inhabituelle de Dieu sur nos expériences habituelles. Quand nous pensons vivre dans la banalité, dans la fatalité, laissons venir sur nos situations l'éclairage des paraboles; elles montrent toujours du neuf.

Les uns viennent vers Jésus, d'autres grognent

Que se passe-t-il aujourd'hui dans notre évangile ? Des gens qui ont mauvaise réputation viennent vers Jésus et désirent l'écouter. Ce sont des pécheurs de toutes sortes et des publicains, ces percepteurs d'impôts mal vus par tout le monde.

Certains bons croyants, quand ils s'aperçoivent de cela, ne sont pas heureux du tout. Les pharisiens et les scribes (des spécialistes de la Loi de Dieu) font savoir leur mécontentement. Ils s'en prennent à Jésus : un maître religieux qui vit entouré de pécheurs, cela fait désordre selon eux. Remarquons qu'ils s'en prennent à Jésus sans s'adresser à lui personnellement. "Cet homme accueille les pécheurs". Non pas "pourquoi, Jésus, agis-tu ainsi", mais "cet homme agit ainsi". Cela leur arrive souvent. Or, ce n'est pas bon signe, de faire connaître ses reproches à tout le monde sauf à la personne concernée. Les évangiles nous aident à discerner ce type d'attitude et à en prendre acte.

Jésus répond à ces pieux grognons par les deux paraboles : la brebis et la pièce d'argent. Presque mécaniquement, nous entendons ces deux histoires comme une explication que Jésus donnerait aux pharisiens et aux scribes. Jésus dirait en substance : "Vous m'accusez de faire bon accueil aux pécheurs, mais ces gens-là sont perdus, égarés, et moi, Jésus, je les retrouve". Or il n'est pas certain que Jésus veuille dire cela. Si c'était le cas, cela signifierait que Jésus plaide sa cause ; finalement les pharisiens auraient raison, et Jésus comparaîtrait devant eux, comme devant des juges, pour fournir des explications. Tel est le pouvoir de ces pharisiens et scribes manipulateurs : deux mille ans après, ils nous font encore croire qu'ils sont en droit de râler, que leur remarque est juste et que Jésus le premier doit leur rendre des comptes de sa conduite.

Retournement de situation

Mais rien n'est moins sûr. Les paraboles de Jésus retournent au contraire la situation ; elles la présentent dans une lumière, une logique nouvelles. "Les publicains et les pécheurs s'approchaient tous de Jésus pour l'écouter". Voilà des gens qui portent peut-être le poids de fautes, mais qui au plus profond d'eux-mêmes sont en bonne santé. Ils ont perçu qui était Jésus, ils viennent à lui, ils veulent l'entendre parce que sa parole les relève, ils ont envie de nouveauté dans leur vie, d'une nouvelle chance. C'est beau !

Au contraire, les pharisiens ressassent leur agacement, leur mépris contre leurs compatriotes qu'ils appellent "les pécheurs". Le salut qui vient, la joie qui naît : cela ne leur plaît pas du tout. Ils critiquent Jésus, mais sans lui exposer leurs griefs face à face : pas de relation. Ils ne se laissent pas atteindre. Alors les paraboles se mettent à parler. Il est question de brebis qu'il faut retrouver, de pièce perdue qu'il est nécessaire de découvrir. Jésus me semble désigner là les pharisiens et les scribes et tous ceux qui leur ressemblent : ces gens qui ne laissent vers eux-mêmes aucune voie d'accès. Pour les atteindre, il faut se lever de bonne heure, partir à leur recherche, trouver la petite lucarne encore ouverte par où on pourra enfin se glisser jusqu'à eux. Les quatre-vingt-dix-neuf brebis que Jésus laisse, ce sont les pécheurs et les publicains qui sont venus de leur propre mouvement vers lui. Pour eux, pas de problème : ils sont venus jusqu'au Christ, de tout leur cœur. Le problème, que dis-je ? le tourment, ce sont ces gens, tels les pharisiens et les scribes, qui rechignent devant toute forme de salut et de grâce, qui s'enferment dans leur mauvaise humeur, qui ne fournissent aucun chemin pour être rejoints.

Le Christ : un berger qui ne renonce pas

C'est pour eux que le Christ vient, comme il l'explique aujourd'hui dans ses paraboles. Il ressemble à ce berger qui va chercher la brebis récalcitrante, à la femme qui met sa maison sens dessus dessous jusqu'à ce qu'elle retrouve la pièce cachée. Les scribes et les pharisiens et tous ceux qui leur ressemblent sont cette brebis et cette pièce. Et si, finalement, ils acceptent d'être accostés, de baisser les armes de leur bouderie, de leur rage, alors oui : on appelle cela conversion.

Ce que le Christ dit à ses contradicteurs, c'est que, malgré leur colère, leurs reproches, il vient pour les chercher. Il ne les laissera pas tout seuls dans leur hargne. Il leur proposera par tous les moyens de se rendre, de capituler devant la vie de Dieu, devant l'Amour qui fait tout pour les trouver. Le Christ vient et il n'abandonne pas sa tâche de les faire sortir de leurs retranchements.

Quand le Christ vient, il y a des gens pour bondir vers lui et d'autres qui se terrent et récriminent. Bien souvent, ni les uns ni les autres ne sont ceux que l'on croirait à première vue. En tout cas, le Christ vient pour les uns et pour les autres. Par sa simple présence immédiatement accueillie ou au long d'une quête inlassable, il veut tous les trouver, les rassembler, leur donner sa vie en plénitude, son corps et son sang.

Philippe Lefebvre 11 07
* Homélie prononcée lors de la messe télévisée célébrée au monastère des soeurs dominicaines 2007de Beaufort le dimanche 16 septembre, et diffusée par Le Jour du Seigneur.

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