Viviane de Montalembert


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SUITE… 

 

 

29ème dimanche du Temps Ordinaire
 
À cause de ses souffrances

Marc 10, 35-45
Isaï 53, 10-11 - Hébreux 4, 14-16
Les paroles de ce jour sont difficiles à entendre si on ne se demande pas à qui elles s’adressent et de quelle manière elles doivent être entendues. Elles peuvent aussi être perverties en une complaisance passive pour une souffrance à laquelle on ne chercherait aucune issue. Un texte biblique, quand il est lu, parle autant de celui qui l’a écrit que de celui qui le reçoit. Il sonne de façon unique et particulière chaque fois, selon la personnalité de celui qui le lit. Que dit le prophète Isaïe, que dit l’auteur de la lettre aux Hébreux, que dit Jésus dans l’Évangile d’aujourd’hui ? De qui parlent-t-il, et à qui ?

Le prophète Isaïe rend compte d’une expérience qu’il ne pourrait pas si bien décrire s’il ne l’avait pas lui-même vécue : "broyé par la souffrance, le serviteur…". Il ne dit pas qu’il aime souffrir, il le constate. Et il est "serviteur". C’est-à-dire qu’il veut que cette souffrance, qu’il n’a pas choisie et qu’il ne peut empêcher, serve à d’autres. Et il ne se contente pas d’y croire, ou de l’espérer, il en fait le constat : "le serviteur a plu au Seigneur". C’est un retournement.

"Faire de sa vie un sacrifice d’expiation" n’est pas d’abord se repentir pour son propre péché, mais c’est surtout demander pardon pour le mal que l’on subit, et pour ceux qui en sont la cause, qui jamais ne s’en repentiraient si on ne le faisait pas à leur place. C’est ainsi : "se charger de leur péché". Il y a un grand soulagement à déposer objectivement devant Dieu le mal dont on est à la fois témoin et victime.

Le serviteur convertit ainsi la souffrance passive en une souffrance active. Il plait au Seigneur parce qu’il lui ressemble. C’est un combat qu’ils mènent ensemble. Le serviteur ne combat pas que pour son propre compte. Dans le mystère de la chair qui nous met en connivence les uns avec les autres, il en entraîne d’autres à sa suite, ceux qui subissent avec lui le même type d’épreuve. Ce n’est pas seulement Jésus dont il est parlé ici, mais ceux qui lui ressemblent. Le prophète lui-même en est témoin, puisqu’il le dit.

La souffrance résulte ici d’une agression contre la chair, la dignité personnelle, et la promesse d’un heureux avenir. La souffrance est de la chair et du cœur. Celui qui souffre a ce privilège, de mener le combat au cœur de la puissance adverse, dans la situation précise où il est plongé. Et parce qu’il y combat en compagnie de Dieu, il trouve l’issue. Il voit la lumière et il prolonge ses jours.

L’épître aux Hébreux ne dit pas autre chose : Là où Jésus est passé, nous aussi nous passerons. "Avançons-nous donc pleins d’assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce". Dire qu’il fait grâce, c’est dire qu’il n’accuse pas. Celui qui souffre n’est pas le coupable. Et même le coupable, un jour, devra se prosterner pour recevoir à son tour miséricorde, s’il y consent.

Siéger à la droite et à la gauche de Jésus n’est pas affaire de gloriole. C’est remporter une victoire beaucoup plus déterminante et décisive. C’est faire la preuve que le meurtre n’aura pas, même en ce monde, le dernier mot. Mais c’est Dieu qui l'aura, avec le concours de ceux qui le servent.

Viviane de Montalembert 10 06

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