Mot à Mot


Jean Pierre Brice Olivier

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SUITE… 

 

 

 
Mettre la main…
Jean 20, 19-31
 
“Le fils de Dieu est mort : c’est croyable parce que c’est absurde. Enterré, il est ressuscité: c’est certain parce que c’est impossible. ” Tertullien (160 - 222).

Dimanche dernier, jour de Pâques l’évangile nous rapportait l’attitude devant le tombeau vide d’un disciple anonyme, désigné seulement comme celui que Jésus aimait, appelé aussi l’autre disciple. Il vit et il crut. C’est spontané et concis. On ne peut pas faire plus rapide. Aujourd’hui le même évangéliste nous raconte l’attitude d’un autre disciple, cette fois nommé et surnommé, Thomas appelé Didyme (jumeau). Si je ne mets pas ma main… non, je ne croirai pas. C’est sous condition et discuté pendant huit jours.

L’autre disciple voit, pourtant il n’y rien à voir. Il voit : rien. Il croit. Thomas le jumeau réclame au préalable la preuve. Elle lui sera accordée. L’un croit devant l’absence, le vide, l’autre devant l’évidence. Il s’agit bien de deux hommes différents et non de deux comportements d’une même personne. Les textes ne nous disent pas que nous sommes tantôt l’un ou l’autre ni un peu des deux.
 
L’autre disciple : C’est moi… Peut-être toi ? Thomas le jumeau : Ce n’est pas moi… Peut-être toi ? Jésus par un doux reproche au second fera l’éloge du premier : Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru.

La question n’est pas de mesurer la plus ou moins bonne volonté de ces disciples à agréer la résurrection de Jésus. Elle est bien plus radicalement celle de leur aptitude profonde à croire en la vie hors tout. Vie triomphante aussi du mal et de la mort.

Thomas n’accorde aucun crédit aux dires des autres disciples. Sceptique il veut constater par lui-même. Il semble ne pas en être à un abus près ! Après avoir nié la parole des autres — trop remplis de joie peut-être —, comme ceux qui veulent soumettre il exige de mettre la main. Mettre la main, prendre pour soi. Saisir autre. Abolir la distance pour qu’il n’y ait pas autre.

Que connaît-il de Jésus s’il doit visiter ses blessures pour l’authentifier ?
Ils ne sont pas rares ceux qui ne savent des autres que les traces de leurs malheurs. Ils sont légion ceux que le vivant dérange et qui font “leur beurre” avec la mort. Ils ne manquent aucunes funérailles — les morts enterrent les morts. Ils bâtissent des mausolées et deviennent auteurs d’éloges funèbres pour faire rejaillir sur eux les qualités qu’ils ne font que prêter au disparu. Ils se complaisent dans les déboires du monde et se réjouissent des échecs d’autrui. Ils préfèrent l’inertie au mouvement, l’immobilité au déplacement, l’engourdissement à la passion. Déjà morts, toujours morts. “Ici, chez nous, on a toujours fait comme ça…” ! Autre n’existe pas. Contrôler Dieu, évaluer les hommes, boucler la parole, dicter la vérité. Dans l’évangile ils ont l’empreinte d’institutions et de pouvoirs, mais les traits des pharisiens, des docteurs de la loi, des scribes. Ils lient de pesants fardeaux sur les épaules des autres, parce qu’ils connaissent le bien et le mal. Didyme aurait pu être chef d’une église !

Thomas a bien des difficultés à reconnaître la vie — plus forte que tout— sans doute parce qu’il la connaît si peu. Comment admettre ce que les autres disciples lui disent de Jésus vivant quand lui même l’est si peu ? Jésus va répondre aux doléances de Thomas. Il l’autorise à accomplir sa volonté de toucher à sa chair. Le don du Christ — il en a fait la preuve — va assurément jusque là et au delà. Tu veux mettre la main sur moi, fais-le ! Tu seras étonné. Tu ne sais pas où cela va t’entraîner.
Survient l’événement : Thomas fait d’un coup l’expérience de autre face à lui. Il croyait toucher un homme, il rencontre Dieu. Autre. Les trous des mains du ressuscité font les mains de Thomas désormais empêchées de prendre, inaptes à saisir. Il voulait mettre la main sur la chair d’un autre. Impossible ! Libre la chair ! La blessure du côté du Christ crée dans le cœur de Thomas une déchirure, un lieu pour autre-à-côté. Elle installe l’écart pour la mise en présence de autre. Alors l’échange, la communion peut avoir lieu.

Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru
. Heureux ceux qui croient sans mettre la main sur l’homme ni sur Dieu. La chair du Christ, la chair de Dieu nous est offerte. Ceux qui n’ont pas vu et qui croient goûteront à cette rencontre de vie. Les autres sont maintenant prévenus : ils peuvent être conduits là où ils ne voulaient pas aller.
Jean Pierre Brice Olivier 04 06

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