Mot à Mot


Viviane de Montalembert


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SUITE… 

 

 
 
 
 
 
Un Christ crucifié, scandale et folie ?
1Corinthiens, 22-25
 
"Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes." (1 Co, 22-25)
Ces juifs et ces grecs, qu’en avons-nous à faire ? Les uns réclament des signes, et c’est d'une sagesse que se vantent les autres.

Des signes ? Aujourd’hui nous dirions du ‘merveilleux’, des prodiges, des phénomènes extraordinaires, Dieu qui se ferait de la pub pour attirer les foules — ça marche ! et beaucoup en raffolent. Mais ce Dieu-là, même s’il a le mérite parfois de faire diversion, ne change pas grand-chose à ma vie. Il ne rejoint pas le fond de mes angoisses quotidiennes : comment faire le bien et pas le mal, vivre en paix, savoir quoi dire et quoi faire à chaque instant, ne pas gâcher ma vie ni celle des autres ?

À ces questions, peut-être une sagesse va-t-elle enfin répondre — une idéologie, dirions-nous aujourd’hui : on va vous expliquer comment marche le monde, ce que Dieu veut ou ne veut pas — les dieux, dans l’antiquité — et, à partir de là, on vous dictera le bien et le mal, ce que vous devez faire et ne pas faire. Vous serez sûr, au moins, de ne pas vous tromper. Le malheur est que, dans ces systèmes, vous n’avez plus de dialogue avec un Autre qui est Dieu, plus d’initiative personnelle, plus de liberté. Vous êtes prisonnier d'un univers clos et vous risquez d’y enfermer les autres avec vous1 ; un monde virtuel, bâti de mains d’homme, où dominent les puissants.

Proclamer un Christ crucifié — ainsi que l’affirme Paul — est la seule issue. Car il s’agit ici de vie réelle, de ma chair qui doit quotidiennement survivre à tout ce qui lui fait obstacle, et ce n’est pas rien ! La Croix est, dans la vie de Jésus, le moment où il n’a plus, en ce monde, rien ni personne qui lui sauve la mise ; aucune méthode, aucun savoir-faire bien chrétien, aucune morale ; quant aux prodiges miraculeux — des anges, par exemple, qui descendraient du ciel à grand renfort de trompettes pour l’enlever à ses bourreaux — il n’en veut pas2. Pourquoi ? Pour démontrer quelque chose de beaucoup plus simple, et à usage quotidien : rien ni personne ne me sauve si ce n’est le vouloir du Père. C’est lui, mon créateur qui me veut en vie, qui va s’arranger pour que tout ce que je fais ou tout ce que je dis — avec une intention droite — tourne au bien, soit bon, utile au monde et à mes proches — quoi qu’ils en pensent parfois.

La Croix est folie et scandale, non pas à cause des souffrances qui l’accompagnent et n’ont rien d’attrayant — là n’est pas la question —, mais parce qu’elle est le plus sûr moyen d’échapper aux puissants de tous poils. La Croix est immorale en ce sens qu’elle échappe à toute morale qui prétendrait me marchander un salut de pacotille. Là, il n’y a plus de méthode, plus de savoir-faire, plus de recette pour m’en sortir, mais seulement des personnes qui me parlent, à qui je parle : le Père, Jésus, l’Esprit… et moi. C’est le principe même de la dignité humaine et de la liberté.

Beaucoup le savaient déjà pour l’avoir maintes fois expérimenté. La Bible et l’Évangile ne sont jamais là pour nous faire la leçon, mais pour révéler et confirmer ce que — "appelés" et donc identifiés au Christ — nous percevions déjà avec plus ou moins d’acuité, pour le mettre en lumière afin de nous donner d’y marcher d’un pas plus assuré.

Bonne nouvelle de Jésus Christ !

Viviane de Montalembert 03 06

1. voir l'Évangile selon Luc, ch.11, verset 52 : "Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la science! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés !"

2. voir l'Évangile selon Mathieu, chapître 26, verset 53, où Jésus dit à Pierre qui voudrait le détourner de la Croix annoncée : "Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d'anges ?

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