Mot à Mot


Jean Pierre Brice Olivier


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Du même auteur


Noël : "Prenez et mangez-en tous…"
Luc 2, 1-14

Dans le récit de la naissance de Jésus, avez-vous perçu la différence de ton entre les deux événements racontés ? Celui qui est annoncé avec le plus de pompe sera oublié par l’histoire, tandis que l’autre — si simple — va bouleverser l’histoire. Pourtant le premier, solennel et bruyant, concerne toute la terre : l’empereur Auguste ordonne son recensement, Rome domine sur tout le monde connu, le césar règne, il est comme un dieu ! À l’autre extrémité de l’empire, dans une bourgade sombre et ignorée du fond de la Judée — d’où rien de bon ne pouvait sortir — une femme accouche, tout naturellement. L’événement véritable est une mise au monde, une naissance sans bruit. L’empereur ordonne… Dieu se fait silence. Auguste établit le pouvoir de l’empire… Dieu renonce à sa puissance. Rome fait croire à la divinité des césars… Dieu cache sa divinité dans le corps d’un bébé. Le signe pour l’humanité est un petit garçon couché dans une mangeoire*!

La prophétie d’Isaïe (Isaïe 9, 1-6) se réalise : le joug qui pèse sur nous, le bâton qui meurtrit nos épaules, le fouet du chef de corvée, un enfant les brise ! Le joug de la loi, le bâton de la culpabilité, le fouet des jugements, un enfant les brise !

C’est une proclamation dans la chair, un engagement définitif de Dieu pour l’homme. L’homme dans les ténèbres de sa solitude, sous le joug du péché, sous le bâton de l’accusation, l’homme sous le manteau de la violence.
Dieu se fait un homme, notre chair connaît sa noblesse divine.

Oui, nos ancêtres dans la foi — les Hébreux — avaient raison de dire que notre Dieu n’est pas un Dieu comme les autres ! Un dieu qui aujourd’hui mendie une place où naître et ne trouve qu’une étable. Un dieu qui demain n’aura pas une pierre où reposer sa tête. Un dieu qui après-demain aura pour trône le bois du supplice. Oui, tel est notre Dieu !
À la différence des idoles de marbre et d’or, des césars devant lesquels on s’incline, on se prosterne, pour obtenir une faveur, notre Dieu Lui vient au devant de nous, il se fait proche, dans la peau, dans la chair d’un homme.
C’est lui qui s’inclinera devant les hommes ses frères, qui se prosternera devant des malades de toutes sortes, qui lavera les pieds de ses disciples, qui aura une mort d’esclave entre deux criminels. Aujourd’hui d’autres césars règnent et ordonnent. Il peut y avoir encore erreur sur l’événement.
L’événement est la révélation que la chair est le chemin indépassable de l’échange entre les hommes et de la communion avec Dieu.
Cette bonne nouvelle concerne notre propre incarnation. Nous sommes invités à naître et à habiter notre humanité entière. Descendre en nous-mêmes, nous déployer dans notre chair, prendre le risque du plus profond, ne conduisent pas à l’obscurité grise de notre misère, mais vers la lumière la plus intense et la plus colorée, là où nous attend un nouveau-né.
Jean Pierre Brice Olivier 12 05

*mangeoire n. f. (v. 1165 ; de manger) : Auge destinée à contenir les aliments de certains animaux domestiques (Le Petit Robert).La chair de Jésus est couchée dans une mangeoire… Hostie ! Dès sa naissance il est offert en nourriture. N’est-ce pas la part des justes : corps et sang donnés (consacrés) dévorés par des animaux plus ou moins domestiques pour la vie du monde ?

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