Viviane de Montalembert

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SUITE… 

 

 

 Dimanche des Rameaux.B
Le mensonge comme un tombeau
Marc 14,1 à 15,47  
 
"LES CHEFS DES PRÊTRES ET LES SCRIBES cherchaient le moyen d'arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir". Ah, que voilà un bon travail de prêtre !
 
"… par ruse". Car tuer exige que l’on mente, que l’on prétende servir un intérêt supérieur à la vie même. Sauver l’honneur de Dieu sera l’ultime raison invoquée pour le condamner : "il a blasphémé" (Mc 14, 64). Le piège est lamentable et pourtant il fonctionne.
 
Il y faut, pour commencer, la trahison d’un ami, et l’abandon de tous les autres. Judas le livre d’un baiser, et Pierre jure par trois fois qu’il ne le connaît pas. Jésus est désormais aux mains du grand conseil. Mais l’affaire n’est pas faite, on craint l’opinion. Il leur faut un témoignage qui justifiera la condamnation, qui masquera leur vrai raison le tuer — par "jalousie", comme le comprendra Pilate le lendemain (Mc 15, 10). Plusieurs témoins se lèvent et répètent quelques paroles entendues dans le temple lorsque Jésus y enseignait. Des paroles qu’il a prononcées à l’adresse du peuple pour le faire vivre, sont reprises ici contre lui pour le faire mourir — en cela consiste le mensonge. La vérité s’avère pourtant difficile à travestir : ils répètent sans comprendre et leurs témoignages sonnent faux, ils "ne concordent pas" (Mc 14, 56).
 
Enfin le grand prêtre exaspéré se tourne vers Jésus et l’interroge : "Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ?  — Je le suis…". L’autorité du Verbe va-t-elle cette fois faire la brèche et s’imposer ? Mais non. C’est le mensonge qui prévaut. Dès lors, il suffit au grand prêtre de faire une grande gesticulation pour rallier l’opinion et la tourner de son côté : déchirant ses vêtement, il crie au blasphème ! "Tous prononcèrent qu'il méritait la mort" (Mc 14, 63-64).
 
Au mensonge s’ajoute alors la dérision qui est la dramatisation du mensonge quand il na plus de frein : "Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d'un voile, et le rouèrent de coups, en disant : “Fais le prophète !” Et les gardes lui donnèrent des gifles" (Mc 14, 65). Aussitôt dite, la vérité est tournée en dérision ce qui est une autre façon de la disqualifier.
 
Mais cela ne suffit pas à assurer la perte de l’accusé. Car il faut encore le conduire auprès du gouverneur romain, Pilate, qui seul à pouvoir de prononcer sa condamnation. À la cause religieuse s’ajoute alors la cause politique. Or Pilate est un malin, il perçoit leur jalousie (Mc 15, 10). S’adressant à la foule, il les provoque : "Que ferai-je donc de celui que vous appelez le roi des Juifs ?" L’affaire est délicate, car demander la libération du "roi des juifs" revient à s’insurger contre l’occupant romain et risquer les représailles. Toutes les raisons cette fois sont réunies pour s’en débarrasser. "Crucifie-le !", hurle la foule.
 
Livré aux soldats, Jésus devient leur jouet : "ils se mirent à lui faire des révérences : “Salut, roi des Juifs !”" (Mc 15, 18-19). Le temps est donc venu de la cruauté gratuite, exercée par le plus fort à l'encontre du plus faible chaque fois que l’occasion en est donnée. Plus tard, quand il sera pendu en croix, ils se coaliseront tous pour l’injurier : "Sauve-toi toi-même, descends de la croix !…  De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes… Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l'insultaient" (Mc 15, 30), souligne l’évangéliste.
 
Enfin mort, Jésus est enveloppé d’un linceul et déposé dans un tombeau. Et on "roula une pierre contre l'entrée du tombeau" (Mc 15, 46).
 
Le mensonge aurait-il donc eu définitivement raison de lui ? Le mensonge est-il donc une pierre si lourde qu’on ne puisse la déplacer ?  "Qui nous roulera la pierre pour dégager l'entrée du tombeau ?", s’interrogeront les femmes au matin de Pâques (Mc 16, 3).
 
C’est aussi la question que peuvent se poser ceux qui, bien des fois, ont tenté de dire la vérité sans pouvoir être entendus ; ceux qui ont subi la calomnie sans parvenir à s’en défendre ; ceux qui reconnaissent dans le récit de la Passion leur propre histoire. Certes, ils n’ont pas fait mieux que Jésus, mais il n’ont pas fait pire non plus.
 
C’est que la vérité n’est pas de ce monde, tout simplement ! L'Évangile de ce jour en a fait la démonstration.
 
Mais Dieu n'a pas dit son dernier mot. Car l’histoire — votre histoire — n’est pas finie. Elle a une suite…
 
Viviane de Montalembert 04 09

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