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Jean Pierre Brice Olivier

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 25ème Dimanche du Temps Ordinaire
Le BonDieu
Matthieu 20, 1-16


Voici en effet à quoi le règne des cieux est semblable : un maître de maison qui était sorti de bon matin embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d'accord avec les ouvriers pour un denier par jour et les envoya dans sa vigne. Il sortit vers la troisième heure, en vit d'autres qui étaient sur la place sans rien faire et leur dit : "Allez dans la vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste". Ils y allèrent. Il sortit encore vers la sixième, puis vers la neuvième heure, et il fit de même. Vers la onzième heure il sortit encore, en trouva d'autres qui se tenaient là et leur dit : "Pourquoi êtes-vous restés ici toute la journée sans rien faire ?" Ils lui répondirent : "C'est que personne ne nous a embauchés. – Allez dans la vigne, vous aussi", leur dit-il. Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : "Appelle les ouvriers et paie-leur leur salaire, en allant des derniers aux premiers." Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. Les premiers vinrent ensuite, pensant recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. En le recevant, ils se mirent à maugréer contre le maître de maison et dirent : "Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites à l'égal de nous, qui avons supporté le poids du jour et la chaleur !" Il répondit à l'un d'eux : "Mon ami, je ne te fais pas de tort ; ne t'es-tu pas mis d'accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui est à toi et va-t'en. Je veux donner à celui qui est le dernier autant qu'à toi. Ne m'est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux ? Ou bien verrais-tu d'un mauvais œil que je sois bon ?" C'est ainsi que les derniers seront premiers et les premiers derniers.
 
Verrais-tu d'un mauvais œil que je sois bon ? (Mt 20, 15)

Dans le récit de sa rencontre avec un homme riche — dans les évangiles de Luc et de Marc — nous lisons que cet homme vient dire à Jésus : Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui dit : Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul. (Lc 18, 18-19 et Mc 10, 17-18)

Ainsi quand on veut attribuer à Jésus le qualificatif de "bon", il le récuse pour le renvoyer à Dieu seul. Dans le texte de l’évangile de Matthieu lu aujourd’hui, Dieu — maître de la vigne — déclare être bon. Dieu est assurément le bon Dieu. Être bon, vraiment, n’appartient qu’à Lui. Quant à Jésus, il en est l’expression définitive. Et nous, nous en sommes les bénéficiaires car la bonté est toujours adressée.

Qui d’autre que Dieu oserait prétendre savoir ce qui est le meilleur pour quelqu’un ? Ignorant ce qui est bon pour moi, comment pourrais-je estimer ce qui l’est pour un autre ?

Celui — hormis Dieu — qui revendique juger ce qui est juste pour moi, me contraint en réalité à son propre vouloir. Il m’enferme dans ce qu’il veut que je sois, et prétendument pour mon bien. Seul Dieu peut tout connaître et donc lui seul a capacité à être bon.

Les ouvriers de notre parabole trouvent irrégulier que celui qui a peu travaillé reçoive le même salaire que celui qui a porté le poids du jour et de la chaleur. Leur jalousie peut sembler à certains d’entre-vous justifiée. Il serait équitable que le salaire corresponde à la valeur travail !

Mais la bonté ne suit aucune logique, et surement pas celle de raisonnements humains. Sa seule voie étant de s’accorder parfaitement à celui auquel elle est destinée. La bonté ne peut pas appartenir à une compréhension égalitaire car elle ne dépend pas de ce que l’homme fait, mais de ce qu’il est, de qui il est.

Les esprits chagrins maugréent, dans la comparaison envieuse, contre ce qui échappe à leur comptabilité. L’erreur des râleurs est de se placer dans l’étroitesse du mérite ou de la vertu, et non pas dans le don généreux de l’être. L’homme riche se situait dans le "que faire pour hériter" et il s’en va tout triste. Le rouspéteur de la première heure mesurait tout et tous à l’aune de son profit particulier et il fulmine contre la bonté. L’accord en effet est le même pour chaque journalier, un denier. Mais le maître sort du contrat en adaptant ce denier à celui qui le reçoit.

Allez dans la vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste. (Mt 20, 4)

Ce don fait par le Seigneur est en réalité celui de la vie. Renversement absolu, à l’opposé du calcul. Nous ne sommes pas dans une transaction définie mais dans le vivant, débordant, infini. S’il est identique pour tout le monde, le denier est en fait ajusté à chacun et il est différemment reçu, comme nous le constatons dans l’évangile.

La question n’est donc pas d’être de la première ou de la dernière heure, mais d’être. D’être dans l’heure présente.

Ne m'est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux ? (Mt 20, 15)

Le maître est libre de ses biens mais l’homme aussi est libre dans la réception de ces bienfaits. Libre de les considérer comme une rétribution liée à son labeur, ou bien d’accueillir le don prodigue de la vie en abondance.

C'est ainsi que les derniers seront premiers et les premiers derniers. (Mt 20,16)

Les attitudes les plus courantes des uns, hélas, sont la jalousie et la colère vis à vis de la bonté, et la rage en face de la liberté.

Pour les autres, peu importe l’heure ! Vivre celle qui vient comme si elle était la première dans le présent divin et la dernière ici-bas. Ceux pour qui, c’est toujours, la bonne heure !

Jean Pierre Brice Olivier 09 11

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