Mot à Mot

Jean Pierre Brice Olivier

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Pâques
Le tombeau vide
Anéantissement ou affranchissement

Jean 20, 1-9
 
Tout est accompli1.

Considérons cette heure confuse, ce moment incertain, nuit et jour hésitent, le silence laisse percevoir l’événement encore suspendu.

Instant où Marie de Magdala, puis Pierre et Jean se trouvent, bouleversés, devant un vide. Le creux de l’absence.

Mis au tombeau avec lui, pour Madeleine et pour Jean, cet évidé d’eux-mêmes ouvrira à l’évidence.

Le soleil va se lever, point du jour, tout est immobile, retenu, la pierre est roulée, le tombeau est déserté.

Le mort n’est pas là. La mort n’est pas ici. Plus de mort !

L’incarné du Verbe a été tué, son corps enseveli en terre, sa chair enchâssée dans la roche.

Mais la parole peut-elle être enchaînée ? Le verbe retenu ? La chair anéantie ?

La parole peut être tue, mais non tuée.

S’est-elle éteinte d’âge en âge la parole2 ? Interroge le psalmiste.

Elle peut être niée, vrillée, bâillonnée, mais elle continue son chemin.

Ne situons pas seulement cette négation à l’échelle d’une nation ou d’un peuple.

Mais chaque fois que, même entre frères, une parole n’est pas entendue. Quand elle est enterrée vivante.

Lui porter atteinte se fait par le silence quand il est refus ou mépris.

Aussi bien que par le bruit quand il est étouffement ou anathème.

Mausolée bavard ou cénotaphe muet.

Dans un verbiage stérile, absent à soi et à l’autre, ils parlent parce qu’ils n’ont rien à dire. Eux qui n’en ont pas, et probablement à cause de cela même, veulent mettre la main sur la Parole.

Leurs idoles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas, un nez et ne sentent pas. Elles ont leurs mains et ne palpent pas, leurs pieds et ne marchent pas, aucun murmure ne sort de leur gosier. Ils leur ressemblent, ceux qui les font, tous ceux qui mettent leur confiance en elles3 !

C’est ainsi que le psalmiste décrit avec justesse le corps sans chair de ceux qui font des idoles à leur image.

Ils maltraitent les vrais prophètes, les fils de l’homme, en leur clouant la bouche, les mains et les pieds… Parce que le crime absolu pour eux est d’être.

Ainsi le Christ avait affirmé : je suis4.

Ils aboient à la mort, ceux que seule la mort gouverne et mène paître5. Auxquels Jésus a dit qu’ils étaient comme des sépulcres blanchis6.

Quel malheur pour vous ! Vous êtes comme les tombeaux que rien ne signale, et sur lesquels on marche sans le savoir7 ! Muets, aveugles, sourds, pétrifiés, terrés, dépouilles vides.

La chair de notre chair est foulée, dans un présent éternel.

Ses pieds sont entravés pour qu’ils ne puissent plus marcher sur la terre des hommes. Figer la bonne nouvelle.

Ses mains sont clouées pour qu’elles ne touchent plus les malheureux. Proscrire le partage.

Son front est barré d’épines pour empêcher l’étreinte. Interdire la consolation.

Son côté est déchiré pour que nul disciple ne puisse plus s’y reposer. Profaner la grâce.

Mais, la parole, même moulue ne peut pas se taire. La chair, même broyée continue d’aimer. La vie, même brisée poursuit sa destinée.

La mort homicide a été tuée8. Libre, le vivant demeure, quoiqu’il arrive.

La vie ne s’éteint pas, les vivants ne meurent pas, les autres le sont déjà.

La parole ne cesse pas de parler, l’amour n’en finit pas d’aimer, le don n’arrête pas de se donner, dans la chair et le sang.
 
1. Jean 19, 30
2. Psaume 76, 9
3. Psaume 113b, 4-8
4. Jean 8, 28 et 58
5. Psaume 48, 15
6. Matthieu 23, 27 : Quel malheur pour vous, scribes et pharisiens, hypocrites ! Vous ressemblez à des sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors, et qui au dedans sont pleins d'ossements de morts et de toute espèce d'impureté. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux gens, mais au dedans vous êtes remplis d'hypocrisie et de mal.
7. Luc 11, 44
8. Méliton de Sardes, IIe siècle
Jean Pierre Brice Olivier 02 12

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