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Jean Pierre Brice Olivier

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Toujours déjà mort
Luc 16, 19-31
Nous pensons nous trouver dans cette parabole devant un droit assez primaire, chacun finalement est heureux à son tour. L’injustice du monde est corrigée par Dieu au ciel.
Or Dieu ne décide pas à la place de l’homme, ne condamne pas, ne punit pas. Jamais. Sa justice tient compte seulement du cœur de chacun, en dehors de toute autre considération.
Le pauvre meurt, il est emporté par les anges auprès d’Abraham. Le riche meurt aussi — oui les riches aussi meurent — il est enterré. Chacun d’eux est mené là où, toujours, il a habité. Le premier, chez lui avec les anges, élevé auprès d’Abraham. Le second, chez lui, enseveli au séjour des morts. Chacun d’eux se retrouve dans sa demeure de toujours, l’un dans le ciel, l’autre sous la terre. Il ne s’agit pas d’une sentence de Dieu, mais d’un choix de la personne. Préférer la vie à ciel ouvert, ou la mort souterraine.
Il est question dans notre texte d’un nanti, mais ce n’est pas sa situation matérielle qui importe ici. C’est un riche de lui même, de sa puissance, de ses certitudes, de sa bonne conscience, de sa religion, de ses relations, de sa morale… Il appartient au monde que le prophète Amos nome (Amos 6, 7) la bande des vautrés, ceux qui s’avachissent dans leur autosuffisance ! L’égoïsme les caractérise, tout pour soi et entre soi, quiconque autre n’existe pas. Pas d’altérité, pas de prochain, pas de Dieu. Ils n’en veulent pas. Préférer soi, ne pas vouloir tolérer l’autre, le nier, jusqu’au meurtre. Préserver son propre pouvoir quel qu’en soit le prix pour autrui. Ne pas vouloir non plus venir d’ailleurs, prétendre être à soi même sa propre origine.
Cet homme, qui ne cède qu’en décédant, est en proie à la torture. Il est à lui-même son propre tourment, dans la fournaise de son incapacité à s’ouvrir à autre. Au séjour des morts, il est dans l’apprentissage long de sortir de lui-même, avant de pouvoir aborder au rivage de Dieu. Expérience qu’il a entamée. En effet, il s’inquiète du sort de ses cinq frères. Épreuve dont Lazare est dispensé, parce que depuis toute sa vie, son cœur fait place en premier à l’autre.
Le pauvre nous est donné en exemple, à cause de son dénuement, du manque qui le caractérise. Il ne peut pas faire ni être seul. L’autre compte, considérablement.
Le riche s’est fait lui-même, s’est bâti en empires, le pauvre s’est défait.
Il vit de loin Abraham avec Lazare tout près de lui.
Lazare au plus près d’Abraham, comme il avait été tout près du riche avant. Prochain pas vu, ignoré, moins bien considéré que les chiens.
Lazare, c’est le Christ. Dans sa nudité et l’ouvert de ses plaies. Après la mort comme durant leur vie, les deux voisins sont toujours séparés par l’infranchissable. Un gouffre, le grand abîme qui enferme et isole absolument le riche. Il ne s’agit pas d’une frontière imposée par Dieu, mais d’une différence entre eux, radicale, presque de nature. Ils sont dissemblables fondamentalement, bien au delà de leur situation sociale ou financière.
Ce qui les sépare n’est pas à l’extérieur, mais au dedans. Une démarcation cruciale entre un toujours vivant et un toujours déjà mort. Grand écart qui éloigne le riche de chaque être, l’enclos, le claquemure, l’enserre en lui-même.
Même le ciel ne peut pas abolir cette distance, seule une réforme complète du cœur de la personne a le pouvoir de combler ce fossé. Ils ont Moïse et les Prophètes : qu'ils les écoutent ! S'ils n'écoutent pas […] quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts : ils ne seront pas convaincus.
Qu’ils écoutent, s’ils n’écoutent pas… C’est bien de leur responsabilité.
Le Christ est venu les trouver, il a pour eux franchi la mort, il en est revenu, la bande des vautrés est-elle convaincue ? Ont t-ils cédé ? Se sont ils réformés ?
Dieu ne force pas, ne contraint pas, c’est la décision de chaque personne libre jusqu’au bout.

Jean Pierre Brice Olivier 09 13

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