Mot à Mot

Jean Pierre Brice Olivier

Courrier :
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24ème Dimanche du Temps Ordinaire

Perdu

Luc 15, 1-32

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les 99 autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !’ Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion.

Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’ Ainsi je vous le dis : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »

Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer. Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »


Trois paraboles : un animal égaré, un objet perdu, un homme fourvoyé ; trois récits pour nous dire la joie de retrouver.

Être perdu : errer, paumé, abandonné à la fatalité, à corps perdu, n’être plus trouvé…

Nous sommes perdus : quand la mort est certaine, sans remède, désemparé dans l’abîme incurable…

Il est perdu : condamné comme dépravé, fichu d’avance, irrécupérable, oublié…

Perdu : définitivement abîmé, à jeter…

Dans ces tragédies-là, on comprend ce que signifie être retrouvé, connu de nouveau, mis en présence de quelqu’un qui se réjouit et ne réclame rien d’autre.

Celles qu’autrefois on appelait les « filles perdues », pauvres filles « tombées » dans la prostitution, ces filles publiques nous devancent dans le royaume, a dit Jésus (Matthieu 21, 31).

Garçons fourvoyés et filles trompées saisissent le sens profond de ces textes appelés « paraboles de la miséricorde ».

Dieu recherche les hommes égarés et les femmes perdues, éperdument.

Pour Dieu, il n’y a jamais de situation désespérée définitive, ni d’enfermement irrévocable. Dieu espère contre toute espérance dans chaque être humain jusqu’au-delà de la mort.

La miséricorde s’adresse aux personnes en dehors de leur situation morale, et quel que soit ce que les tristes pharisiens de toutes les religions nomment leur « péché ». La miséricorde fait fi de la morale et de ses désordres.

La brebis n’est pas coupable de s’être égarée : quel est son bien, quel est son mal ?

La pièce d’argent n’est pas coupable d’avoir été laissée tomber : quel est son bien, quel est son mal ?

Le fils n’est pas coupable de s’être trompé, quel est son bien, quel est son mal ?

Seules comptent la joie du berger qui ramène sa brebis, la jubilation de la femme qui retrouve sa pièce de monnaie et l’allégresse du père qui recouvre son fils.

La brebis en danger est poursuivie dans une quête passionnée pour être sauvée ; la pièce d’argent manquante est recherchée avec grand soin ; mais le fils esseulé, lui, est simplement attendu dans une impatience sans borne.

Son père lui a tout donné et l’a laissé partir, il l’espère pour tout lui redonner.

Tout ce qui est à moi est à toi, le père partage tout, son être même, pour replacer chacun dans son intégrité et son unité.

Dieu me dit qu’il ne me désire pas autre ni autrement que tel que je suis, hors toute autre considération.

« Savoir aimer ceux qui sont perdus et les aimer dans leur perdition même. » était la prière de saint Benoît Labre, le vagabond de Dieu.

Aimer l’autre jusque dans sa perdition, ne pas exiger qu’il change et se réforme, n’est-ce pas ce que Dieu nous prouve depuis toujours.

JeanPierreBrice Olivier 09 16

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