La vierge au livre
Philippe LEFEBVRE
"La Vierge au Livre. Marie et l'Ancien Testament
coll. Épiphanie, Cerf, 2004, 222 pages.


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Qui est Marie ? Tellement de choses sont répétées à son sujet qu'on en oublie l'essentiel : écouter ce que Marie dit d'elle-même. Marie est-elle discrète ? Elle affirme, elle, que toutes les générations parleront d'elle. Est-elle douce, conciliante ? Elle chante, elle, comment Dieu jette par terre les arrogants. Est-elle soumise à l'ordre masculin ? En tout cas, elle prend seule les décisions qui la concernent. Ni déesse mère, ni soubrette effacée, ni objet d'un monde macho, Marie est une femme. Jésus ne l'appelle qu'ainsi : "Femme". Elle est d'emblée sur la même longueur d'onde que celles qui travaillent à la vie en ce monde : Élisabeth, la prophétesse Anne, les femmes au pied de la croix. Ses paroles et ses gestes s'inscrivent dans toute une expérience de femmes dont la Bible nous parle depuis le commencement. Comme Sara, épouse d'Abraham, Marie met au monde le fils de la Promesse ; comme Agar, servante de Sara, Marie est abordée par un ange qui lui annonce qu'elle enfantera bientôt. En connivence avec des femmes de l'Ancien Testament connues ou inconnues, citées ou suspectes, croyantes ou païennes, exaltées ou humiliées, Marie déploie un destin de femme au milieu de bien d'autres chemins possibles. Avec Joseph (qui n'est ni effacé, ni douceureux, ni soumis), elle forme un couple authentique : un homme et une femme vivant avec Dieu une aventure qui n'appartient qu'à eux et qui pourtant fait du bien à tout le monde.

EXTRAIT :

« La Bible est à beaucoup d’égards une histoire de la chair : elle raconte, avec un art étudié, comment Dieu nous est intimement présent. C’est particulièrement en racontant l’histoire des femmes qu’elle manifeste sa précision et son adéquation au réel. Parler de ce qu’une femme vit avec Dieu, de ce qu’elle attend, de la honte ou de l’angoisse qui la tient, de sa stérilité ou de sa fécondité, cela ne s’improvise pas. L’écriture que l’on développe pour aborder de tels sujets peut devenir convenue et convenable ou bien verser dans l’indiscrétion et la maladresse. Il n’est pas simple d’évoquer d’une manière appropriée la grossesse d’une femme déjà âgée comme Élisabeth, la situation délicate dans laquelle se trouve Marie la vierge, ou encore la vie cachée d’une vieille femme comme la prophétesse Anne.
L’évangéliste Luc qui met en scène ces femmes se situe dans une longue tradition biblique qui écrit sur les femmes, avec tout à la fois pudeur et précision. On s’aperçoit alors que des livres bibliques sont structurés par les femmes. Celles-ci racontent autre chose que ce qui paraît être l’histoire officielle. En vérité, écrire sur les femmes comme la Bible le fait, laisse apparaître un ordre des choses qui n’est pas celui que le monde promeut.
Il existe une grande ressemblance ente le Livre et la vie courante : c’est que ceux qui n’attirent pas les regards dans la société n’intéressent pas beaucoup non plus dans la Bible. Marie qui s’intitule servante nous aide à prendre conscience qu’elle s’inscrit dans une lignée de femme jugées subalternes ou suspectes, à ce titre peu regardées, des femmes pourtant que l’Écriture met en lumière depuis longtemps. Nous verrons donc Marie prendre sa place dans une longue chaîne de domestiques, de femmes de seconde zone, de femmes humiliées. » (p. 10-11)
 

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