Semaine Saint et Pâques
Lundi Saint
 
 
De l'évangile de Jean

Or Marie avait pris une livre de parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu’elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie par l’odeur du parfum(Jean 12, 13)
 

Du livre des Proverbes


Une femme vaillante, qui la trouvera ? 
Elle a bien plus de prix que les perles. 
En elle se confie le cœur de son mari, il ne manque pas d’en tirer profit. 
Elle fait son bonheur et non son malheur tous les jours de sa vie (Pr 31, 10-14)

Du Dialogue, de Catherine de Sienne (1347-1380)

Chacun de mes serviteurs qui répand un parfum de saint désir et d’humbles et continuelles oraisons devant moi, l’Esprit saint pleure par lui. De cette façon c’est ce que voulait dire le glorieux apôtre Paul quand il dit que l’Esprit saint pleurait devant moi, le Père, "avec gémissement inénarrable" pour vous (Catherine de Sienne, Le dialogue, § 91, Cerf, Sagesses chrétienne, Paris, 1992, p. 159).

Marie-Madeleine,Sculpture brabançonne de Jan Borman, (fin du XVème s.) Musée des Beaux-Arts de Gand


 
LES TROIS PREMIERS JOURS de la semaine s’articulent autour de trois figures : celle d'une femme pour commencer, Marie-Madeleine pénétrant d’un pas assuré dans la salle du repas ; puis celle du serviteur, qui accompagnera pendant trois jours la lecture du prophète Isaïe ; enfin celle du traître, Judas et peut-être Pierre, à laquelle s’intéressent les évangiles de mardi et de mercredi.
 

La méditation

Une femme
"…Dans les jours suivants la résurrection de Lazare, Jésus est à nouveau à Béthanie "où était Lazare que Jésus avait relevé d’entre les morts" (Jn 12, 1). Marthe est au service, Lazare est à table et Jésus aussi ; Marie à son habitude est à ses pieds : "Marie, prenant une livre de parfum de vrai nard d’un grand prix, oignit les pieds de Jésus et lui frictionna les pieds avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum" (Jn 12, 3).

C’est vers sa propre mort-résurrection cette fois que Jésus est emmené. À Judas, furieux de la dépense, il répond : "Laisse-la garder ce [parfum] pour le jour de ma sépulture" (Jn 12, 7). Ce parfum devrait être gardé pour embaumer ce corps, qui bientôt sera mort. Mais c’est d’un corps vivant dont Marie veut prendre soin, pas d’un cadavre. Alors elle anticipe la mort pour en annuler les effets et nier ainsi le pouvoir de la corruption, ce pourrissement des chairs qui prétendrait en effacer la trace. L’embaumement pratiqué sur un corps mort n’a d’autre pouvoir que de lui conserver son inertie cadavérique, tandis qu’imposé au corps vivant, il se transforme en une onction tonifiante.

Versant en abondance sur les pieds de Jésus de l’huile parfumée, Marie les lui "masse complètement" (traduction littérale) — pour y faire pénétrer l’huile en profondeur — et les lui frictionne avec ses cheveux, comme au gant de crin. Elle lui prodigue des soins destinés à un sportif de haut niveau, lui prépare les pieds pour la rude course qu’il doit accomplir. Par ce geste, déjà, elle lui promet la victoire.

"…avec ses cheveux". Les cheveux sont, sur la tête, ce qui prolonge le corps en croissance vers le haut. Par sa présence aux pieds de Jésus, Marie l’élève au-dessus d’elle et déjà l’offre au Père. Les senteurs emplissent la maison. À ce rendez-vous Jésus et Marie ne sont pas seuls, mais en compagnie de tous ceux qui, pareillement conviés, sont avec eux dans la maison
".

 
Viviane de MONTALEMBERT,
in "Un homme, une femme et Dieu", p. 238-240
 
Giotto (1266-1337), la Résurrection de Lazare, Chapelle Scrovegni, Padoue, vers 1305, 20x18,5
La chronique liturgique
AU SEUIL DE LA PASSION, c’est par une femme qu’est inauguré le lavement des pieds. Franchissant le seuil de la salle du festin, Madeleine est souveraine. Elle porte en ses mains le trésor d’une vie, celle du Christ, dont le meurtre ne pourra triompher. Par son geste, elle lui annonce le trajet à parcourir et la victoire d’avance acquise.

Ce que Madeleine fait aujourd’hui pour Jésus, lui-même dans trois jours le refera pour ses disciples. À Pierre qui proteste, Jésus rétorque : "Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi". Le sens de cette parole était déjà présent dans ce premier geste de Madeleine. Il est à noter qu’à ce second “lavement des pieds”, aucune femme n’est présente ni ne se fait laver les pieds. Il serait bon de le méditer et d’en tenir compte dans l’organisation de nos liturgies. Les femmes, on les retrouvera plus tard aux pieds de la Croix, puis autour du corps, avec les parfums.
 


* Image : Georges Rouault (1871-1958),
"Nous devons mourir, nous et tout ce qui est nôtre",
Eau forte, 50,5 x 65, 5, Miserere, edition définitive 1948


Lectures +

De Jean Hatzfeld : "Dans le nu de la vie"

LA LETTRE
vous informe
de l'actualité de
LaCourDieu.com

Votre courriel :

Merci d'indiquer
le n° du jour (ex: 21 si
nous sommes le 21 juin).