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"À Propos  Théologie

Lampe 1Pentecôte/ C


Je crois en l'Esprit saint


Je crois en l’Esprit Saint
qui est Seigneur et qui donne la vie ;

il procède du Père et du Fils.

Avec le Père et le Fils,
il reçoit même adoration et même gloire ;
Il a parlé par les prophètes*. 

Un seul Dieu, trois Personnes

Car telle est la foi chrétienne : en "un seul Dieu en trois Personnes", le Père qui est père et la source de tout ; le Fils qui procède du Père dont il reçoit tout ; et l’Esprit qui procède à la fois du Père et du Fils par "spiration" – il est "soufflé" en quelque sorte ; sans qu’il y ait aucune forme de priorité d’une Personne sur une autre, selon que le dit Thomas d’Aquin : "ni en durée, ni en nature, ni conceptuellement, ni en dignité1". Au Père ainsi, il appartient d’être "le Créateur" ; au Fils engendré par le Père, en qui tout a été fait, il revient d’exercer ce même pouvoir créateur, mais reçu du Père ; enfin, à l’Esprit Saint qui procède du Père et du Fils, il appartient "de gouverner et de vivifier, comme Seigneur, ce que le Père a créé par le Fils2" – le Fils n’allant jamais sans le Père et l’Esprit, ni l’Esprit sans le Père et le Fils.

Or, "si c’est par une seule et inséparable action de toute la Trinité que s’est accomplie l’incarnation du Fils3", il est cependant remarquable que le Fils et l’Esprit envoyés par le Père pour donner la vie au monde y jouent chacun sa propre partition, de telle façon que Jésus dans les Évangiles y occupant la place centrale, c’est à l’Esprit qu’il revient d’en assurer l’opération.

C’est par l’opération du Saint-Esprit en effet que le Fils prend chair de la vierge Marie ; par l’Esprit, qu’il est baptisé dans le Jourdain, où se fait entendre la voix du Père : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais (Mt 3, 17) ; par l’Esprit encore, qu’il est envoyé au désert pour y affronter le diable (Mt 4, 1). C’est encore revêtu de la puissance de l’Esprit qu’il s’en va prêcher aux pauvres la bonne nouvelle, aux captifs la délivrance (Lc 4, 14-19), et qu’il chasse les démons (Mt 12, 28). Enfin c’est par l’Esprit et selon le bon vouloir du Père qu’à la fin il ressuscite (Rm 8, 11).

Il est Seigneur et il donne la vie

Il n’est rien de plus intime à l’être humain en effet que son souffle. La vie, on le sait, est affaire de souffle. De quelqu’un qui passe de vie à trépas, on dit : "Il / elle a rendu son dernier souffle" – à partir de quoi la chair, privée du souffle qui la faisait vivre, commence de dépérir. Mais de Jésus mourant sur la Croix, qu'en est-il ?

Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l’Esprit… [Les soldats] s'étant approchés de Jésus et le voyant déjà mort ne lui rompirent pas les jambes ; mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l'eau. [Jn 19, 30 ; 33-34]

Or Jésus, vrai Dieu et vrai homme, "rendant le souffle" ainsi rend "tout" son souffle, le divin comme l’humain. Envoyé, il est alors séparé, ramené à la condition humaine la plus désespéré, celle où, ayant perdu Dieu, la créature est orpheline.

"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?" [Psaume 21]

C’est alors un corps exsangue au creux du tombeau qui est ainsi remis au bon vouloir du Père – ce Père qui un moment a "retenu" son Souffle… Des trois jours au tombeau, nous ne savons rien, sinon qu’au troisième jour, Jésus apparaissant à ses disciples "souffle" sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit saint !"4 – ce même Esprit qui l’a relevé d’entre les morts et que maintenant il "souffle" sur eux à la veille de remonter vers son Père.

Tous remplis du Saint-Esprit

Plus tard encore, comme ils sont tous réunis dans la chambre haute, voici qu’un vent violent remplit toute la maison où ils sont assis […] et ils sont tous remplis du Saint-Esprit5 – l’Esprit qui en un instant est devenu pour eux "tout" leur air à respirer ; avec une flamme sur chacun d’eux qui, en même temps qu’il les individualise, les inscrit chacun dans une destinée immédiatement personnelle.

Vivre de l’Esprit ainsi est affaire de respiration. C’est vivre de cette autre Souffle qui installe ceux qui le reçoivent dès à présent dans un univers en expansion, où la mort avec son cortège de menaces n’a pas sa place. Je ne vous laisserai pas orphelins, a-t-il promis, c’est-à-dire : pas sans le Père et pas sans le Fils – pas sans le Saint-Esprit. C’est entrer de plain-pied aussitôt dans la chorégraphie divine, le Fils sortant "éternellement du Père tout en étant éternellement en Lui6". C'est dès à présent, porté par l'Esprit, être pris dans ce grand mouvement du Fils remontant vers le Père, entrainant avec lui la création tout entière.

Levez les yeux, et regardez les champs qui déjà blanchissent pour la moisson. 
Celui qui moissonne reçoit un salaire, et amasse des fruits pour la vie éternelle,
afin que celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble.
[Jn 4, 35-37]


♦ Viviane M 06 25 .

* Credo de Nicée-Constantinople (325. 381), commun aux trois Églises chrétiennes : catholique, protestante et orthodoxe.
1
Thomas d’Aquin, I Sent. d. 9, q. 2, a. 1.
2 Thomas d’Aquin, Somme Théologique I, q. 45, a. 6.
3 Selon Augustin. Voir G. Émery, o.p. La Théologie trinitaire de saint Thomas d’Aquin, Paris, Éd. du Cerf, 2004, p. 437.
4 Jn 20, 22.
5 Actes 2, 2 ; 4.
6 Thomas d’Aquin, In Ioan. 16, 28.

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