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Pâques
R É S U R R E C T I O N
Annoncer la Résurrection, c’est parler du corps. Le corps couché à l’horizontale et qui revient à la verticale. Le corps dont on a dit : « la vie l’a quitté », et qui à nouveau se met en mouvement, pour être cet homme, cette femme, tels qu’on les a connus auparavant. Les mots : « résurrection » et « ressuscité » d’ailleurs le disent bien, chacun à sa façon. « Résurrection » – du latin resurrectio, de surgere – donne en français « surgir, jaillir, sourdre », d’où vient le mot « source ». Alors que « res-susciter » – de suscitare, « susciter » – renvoie au geste d’« éveiller, lever, provoquer » –, où s’entend citare, convoquer1. Tous des verbes de mouvement, dont les uns pointent vers l’origine, et les autres vers la fin : une convocation ! Toute vie humaine ainsi se situe entre ces deux pôles également insaisissables et qui se répondent l’un à l’autre, dont l’un est sa conception, et l’autre ce que l’on a coutume d’appeler sa « mort ».
Or Jésus dans les évangiles rejette le mot « mort » – thanatos – qu’emploient ses interlocuteurs : la mort inéluctable. De la fille de Jaïre dont on dit : « elle est morte », il dit : « elle dort ». De son ami Lazare aussi il le dira : « Notre ami s’est endormi, je vais le réveiller ». La métaphore est parlante, qui fait de l’endormissement chaque soir et du réveil au matin, le corps reposé, comme le prélude à cette ultime nuit dont chacun à son dernier jour s’éveillera, tel qu’en soi-même, en un corps régénéré.
La régénération des corps, le processus ne nous est pas tout à fait inconnu puisque tout corps humain, nous disent les scientifiques, tout au long de la vie se renouvelle. Mais pour franchir la barrière de la mort, il en faut plus. Il y faut cette autre vie qui s'ajoute à la première, plus grande, plus forte et d’une autre sorte, qui nous vient du Père. Celle-là même que nous partage le Fils éternel entrant dans le temps de la chair et qui, par sa mort et sa résurrection, ancre la chair dans le temps de Dieu – lequel est aiónion / sans fin, éternel.
Il y faut cette autre vie qui, dès à présent, par l’opération du saint Esprit vient à la chair, et la dote de cette texture singulière qui fait le geste plus souple et le regard plus clair, à quoi l’on reconnaît les familiers de Dieu.
En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle. Il est passé de la mort à la vie (Jean 5, 24).
♦ Viviane M 04 25
[1 Voir le Dictionnaire de l’Académie Française. |