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"À Propos  Théologie

Lampe 115ème Dimanche du Temps Ordinaire / C



"Tout est de Lui, par Lui et pour Lui"
versus
LE BON SAMARITAIN


Colossiens 1, 15

Tout est créé par lui et pour lui.
Il est avant toute chose,
et tout subsiste en lui.

C’est ici la déclaration la plus lumineuse de toutes celles, décisives, qui émaillent les écrits de Paul. Là, tout est dit, le commencement et la fin, qui de l’un à l’autre dessinent une trajectoire – la création qui fait son premier pas de danse, et qui s’en va joyeuse vers sa fin : Quand Dieu sera tout en tous1Suivie ce dimanche de l’évangile dit du "Bon Samaritain"2 :

Voici qu’un Docteur de la Loi se leva et dit à Jésus, pour le mettre à l’épreuve :

 – "Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?"
 – Dans la Loi, qu’est-il écrit ? Et comment le lis-tu ?", répond Jésus.

C’est à assister à la joute oratoire entre deux rabbis que nous sommes ici conviés ; où il ne s’agit pas seulement de savoir, mais aussi d’interpréter.

 – "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même", répond-il.  

Jésus lui dit :

 – Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras", 

où la "vie éternelle" devient simplement "la vie", hors de laquelle il n’est pas de vie.

Ainsi Jésus acquiesce-t-il à l’énoncé du commandement. Puis il donne son interprétation qui nécessairement devra se traduire dans la pratique : Fais ainsi et tu vivras – "Fais !" – Autrement dit : pour "vivre" de cette vie qui n’appartient qu’à Dieu, il ne te suffira pas de réciter le commandement – comme serait un savoir extérieur à toi – mais il te faudra le laisser infuser dans ton cœur et dans tes pensées, de telle façon qu’il puisse en toutes circonstances "commander" ton action.

Mais lui, qui veut se maintenir dans le débat, pousse plus loin la controverse :

Et qui est mon prochain ?, interroge-t-il

La question, en effet, mérite d’être posée, où la morale jouxte la théologie et voudrait s’y égaler. Or l’opinion des peuples en la matière, on le sait, selon les cultures et les époques est à géométrie variable. Pour preuve le débat, dans nos pays aujourd’hui particulièrement vif, où la défense par chacun de son intérêt propre tend pour beaucoup à devenir la norme.

Aussi Jésus pour se faire comprendre, comme à son habitude, raconte une histoire. Celle d’un homme, un Samaritain qui lors d’un voyage s’arrête en chemin pour prendre soin d’un malheureux tombé aux mains des brigands. Il panse ses plaies, puis le confie à un aubergiste auquel il laisse deux pièces d’argent, lui disant : "Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai". Avant lui, deux autres étaient passés près du malheureux – un prêtre et un lévite –, qui ne s'étaient pas arrêtés.

Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? demande Jésus.

Le docteur de la Loi répondit :

Celui qui a fait preuve de compassion envers lui.

Ici, je vous alerte. Le renversement du discours dans ce dernier échange est si complet, que le lecteur à son tour sera tenté de passer son chemin sans s'y arrêter. Car, s’il faut répondre à la question posée : "Qui est mon prochain ?", spontanément c’est à l’homme à terre que l’on pense, qui est le "prochain" à aimer, auquel il faut de toute urgence porter secours. Cependant Jésus, revenant à son interlocuteur, ne s'intéresse pas à lui mais aux trois autres qui, dans l’histoire, n’ont pourtant pas tant besoin d’être "aimés" ni secourus. Or, par là, il le contraint à opérer lui-même le déplacement et choisir, parmi les trois, celui-là qui a fait preuve de compassion – auquel ipso facto il se rallie.

Va, et toi aussi, fais de même, conclut Jésus,

Reconnaissons qu'à ce stade Jésus, à l'égard de son interlocuteur, a fait œuvre de pédagogie. Mais cela peut-il nous suffire ? Car l'énigme cependant subsiste, de la nature de ce "prochain" telle que la produit le texte… sauf à s’éclairer de cette expérience que nous connaissons tous, que passer à côté d’un mendiant dans la rue sans lui prêter attention, c’est passer soi-même à côté de sa propre vie.

C’était donc bien "comme toi-même" qui était la clé de ce retournement, qui introduit l’humain dans une qualité de sa relation à autrui jusque-là méconnue4, à l'image du Fils de Lui, par Lui et en Lui "sortant éternellement du Père tout en étant éternellement en Lui5", dans la joie de l'Esprit.

♦ Viviane M 07 25

1 Co 15, 28
2 Luc 10
3,Il est arrivé qu'on l'explique ainsi : le "prochain" est celui qui se fait "proche". Cela, certes, se vérifie dans le texte ; mais
   du point de vue du sens, c'est trop peu.

Voir précédemment :  Comme je vous ai aimés  
5 Thomas d’Aquin, In Ioan.16, 28.

 

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