LaCourDieu
 

"À Propos  Théologie

Lampe 117ème Dimanche du Temps Ordinaire / C




Les 50 justes de Sodome

Genèse 6 à 9

         "Le juste", dans la Bible, est un concept élémentaire. Il apparaît dès le début avec Noéau temps où Dieu se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et s’affligea dans son cœur. Car toute chair s’était pervertie et la méchanceté de l’homme était grande sur la terre".  Seul Noé "était un homme juste, intègre dans son temps. Noé marchait avec Dieu." Or, que fait Noé après le Déluge, au sortir de l’Arche ? Il prend de toutes les bêtes et de tous les oiseaux qu’il avait avec lui dans l’arche et, prononçant la parole de bénédiction – assez semblable à celle proféré aujourd’hui par le prêtre à l’autel : "Tu es béni, Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce pain… ce  vin" –, et les offre à Dieu en "sacrifice d’action de grâce." La conversation entre le monde et Dieu ainsi est restaurée, et Dieu bénit Noé et ses fils [et leur dit ] : "J'établis mon alliance avec vous et avec votre descendance après vous, avec tous les êtres vivants qui sont avec vous… Avec l'offrande de  Noé et la bénédiction qui l'accompagne, c’est la création toute entière qui revient à sa destination première, et l'histoire ainsi reprend son cours.

Mais voici qu'à Sodome, bien plus tard, revient la tragédie : Comme elle est grande, dit Dieu, la clameur contre Sodome et Gomorrhe qui monte jusqu’à moi ! Je vais descendre pour voir2. Et  l’on voit Abraham se tourner vers Dieu pour faire avec lui comme une sorte de marchandage. Ce ne sont plus cette fois des animaux qui sont offerts à Dieu comme reçus de lui, mais c’est la population de toute une ville, avec peut-être quelques "justes" en son sein dont la présence devrait entraîner le salut de tous les autres. La question alors se précise : Quel poids de chair, combien de justes faut-il à une population nombreuse pour être sauvée de la perdition où l’entraîne sa perversité ? – Abraham l’évalue d’abord à cinquante justes… puis à quarante…, trente…, vingt…, dix…. À Sodome, finalement, on n’en trouvera aucun et la ville sera détruite. Seul Lot – ici, c’est "un" pour "un" –, pour son lien de parenté avec Abraham, sera sauvé.

Très tôt dans la Bible, en effet, il y a cette idée – également partagée partout ailleurs parmi les gens de bien – d’une connaturalité, une intime solidarité entre eux de tous les êtres humains réunis en un même destin. Une intuition qui pourtant se heurte à cet autre constat, d’une telle divergence de fond parfois dans les comportements. Je me souviens d’un homme rescapé de l’attentat du Bataclan qui, au spectacle de l’un des assaillants brandissant au-dessus de lui sa kalachnikov ensanglantée du sang de ses victimes, s’était dit : "Mais comment serait-ce possible que je sois, moi, avec cet homme-là, d’une même humanité ?"

C’est à répondre à la question et combler l’écart que s’appliquent l'Écriture et la doctrine chrétienne tout au long. Or, comment le font-elles ? Incessamment en revenant à l’origine en laquelle déjà se lit la fin –  une fin entendue, non pas comme “finitude”, mais comme “finalité” : une plénitude : À Dieu créant le monde en son Fils et par son Esprit ; au Fils – "en lui tout fut créé, par lui et pour lui" – qui en sa chair récapitule le monde pour le porter au Père ; et sur l’autel de la Croix enfin, à cette parole qui efface tout le mal et ramène le monde à sa bénédiction première : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.

Mais beaucoup jusqu'à présent s’en excluent, qui se refusent à l’aveu. Un homme, il y a peu, s’approchant de deux de ses collègues qu’il savait être en toutes occasions ses pires détracteurs, dédaignant l'offense, s’adressa ainsi à eux : "Ah ! que voilà les deux meilleurs hommes dans toute la ville ! ", ce qui eut pour effet qu’ils s’enfuirent aussitôt, effrayés de se voir ainsi exposés. Car telle est la bénédiction qui préside à l'offrande, qu'elle convoque en jugement en même temps qu’elle appelle au retournement et, par là-même, qui remet le monde à l’endroit.

Les "justes", aujourd’hui comme hier, ainsi sont ces "enfants de Dieu dispersés" dont parle Jean3, qui partout à travers le monde sont "le levain dans la pâte", "le Royaume au milieu de vous", ou encore "la lumière que l’on place sur le lampadaire" pour qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison4. Ils se reconnaissent à ce que la vie autour d’eux de mille manièresreprend ses droits, qui dès à présent ouvre la terre à la joie du ciel. Alors, combien en faut-il dans chaque génération pour sauver un pays, un groupe, une famille…? Nous n'avons pas, il est vrai, répondu à la question. Qu'il nous suffise alors d'attester avec Abraham s'en allant sacrifier son fils : "Dieu pourvoira !"

♦ Viviane M 08 25

Genèse 6 à 9.
2 Genèse 12
3 Jean 11, 52
4 Matthieu 13, 33 ; Luc 17, 21 ; Luc 8, 16.

toiture7

© LaCourDieu - Tous droits réservés. Mentions légales - LaCourDieu - 21530 La Roche-en-Brenil - contact@lacourdieu.com