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22ème Dimanche du Temps Ordinaire / C
Si quelqu'un vient à moi et s'il ne hait pas…
Luc 14, 26-33
Si quelqu’un vient à moi et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.
À nouveau il le dit, le suivre est à ce prix : tout perdre. Et pas seulement des choses, mais aussi des gens, "les miens", mes père et mère auxquels je dois d'être en vie, et toute ma cohorte familiale qui me fait ma place au monde… Et "jusqu’à sa propre vie".
"Si quelqu’un vient à moi / et s’il ne hait pas* " apparaît alors comme deux séquences d’un même geste qui conditionne l’"être disciple à la suite du Christ", et trouve sa résolution dans le troisième terme : "Il ne peut pas…" – c’est incontournable.
"Haïr", le mot est fort, qui pointe la rupture, complète, radicale, sans compromis. "Haïr" ici n’est pas un sentiment, et moins encore une passion mauvaise, mais c’est un acte résultant d’une décision à caractère irrévocable. Pour plus de clarté, examinons le mot tel qu’il apparaît quelques chapitres plus loin, à propos du rapport à l’argent cette fois :
Nul serviteur ne peut servir deux maîtres. Car il haïra l'un et il aimera l'autre ; ou il s'attachera à l'un et il méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon (Luc 16, 13).
Tout se joue ici entre ces deux gestes, antagoniques l’un à l’autre : "haïr", du grec miseó / "aimer", d’agapáō qui désigne l'amour inconditionnel, le don de soi sans restriction. Jésus place ici ses auditeurs devant une alternative face à laquelle ils sont sommés de se déterminer : aimer Dieu - ou - aimer l’argent, avec pour corollaire que "s’attachant" à l’un, il ou elle nécessairement "méprisera" l’autre.
"Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas…, il ne peut pas être mon disciple", dit Jésus. L’alternative cette fois donne à choisir entre Dieu et la "famille". Soit s’attacher à la "famille" comme à la source de tous biens – Dieu alors est compté pour rien ; soit "haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœur…" et embrasser la Croix, comme ce puits de lumière où le Fils le premier perd sa vie, la livrant ainsi au Père pour la recevoir de Lui à nouveau, en plénitude. Résurrection.
Or le chemin suivi par le maître n'est pas autre que celui emprunté par le disciple à sa suite. Passé au creuset de la déréliction où se change le plomb en or, à son tour il prend sa croix.
Personne, conclut Jésus, n’aura quitté, à cause du royaume de Dieu, sa maison ou sa femme, ses frères, ses parents ou ses enfants, sans recevoir beaucoup plus dans le temps présent, et dans le temps qui vient la vie éternelle (Luc 18, 29-30).
Alors quels sont-ils, ces "père, mère, femme, enfants, frères et sœurs" que maintenant vous trouvez partout sur votre chemin, là où vous ne les attendez pas ? – Ceux-là mêmes qui, passés comme vous par la Croix, "viennent de la grande épreuve. Ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau" (Ap. 7, 14)l. Car telle est la Bonne Nouvelle du salut, qui donne à ses familiers de partager dès aujourd’hui sur cette terre la joie du ciel.
♦ Viviane M 09 2025
* Aussi peut-on regretter que le texte liturgique traduise aujourd’hui "miseó" par "préférer" – plutôt que par "haïr" comme autrefois – qui introduit l'idée d'une négociation à mener entre "le plus" et "le moins", qui va à l'encontre de la radicalité du propos tenu.
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