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Viviane de Montalembert

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et autres articles

30ème Dimanche du Temps Ordinaire. A  

"Tu aimeras… comme toi-même" !


Voici donc le grand commandement : Tu aimeras ! – 
"Tu aimeras Dieu… et ton prochain comme toi-même".
                                                                    Matthieu 22, 37-40

D'année en année revient cette parole dont le sens devrait nous être évident. Mais en sommes-nous si sûrs ? Qu'en saisissons-nous vraiment ? Pas grand-chose, avouons-le, ou alors trop, trop d'images qui nous viennent aussitôt à l'esprit : le repas du dimanche en famille, le secours aux malheureux, la chaleur de l'enfant dans les bras, l'ami… et l'échec le plus souvent de nos tentatives d'aimer. Si l'on ajoute à cela les images du martyr – car : aimer, "c'est donner sa vie pour ses amis" ! (Jn 15, 13) –, alors le défi devient insurmontable.

Aimer Dieu, autrui, résume "toute la Loi et les Prophètes", dit Jésus, toute l'Écriture en somme, tout ce que Dieu veut nous dire et ce qu'il attend de nous si nous voulons un jour gagner le ciel, ou du moins réussir un peu notre vie sur cette terre. Le commandement est péremptoire et ne souffre aucun atermoiement, plongeant l'auditeur de bonne volonté chaque fois dans un abîme d'inquiétude et de culpabilité.

Ainsi éprouvons-nous la chute des figures imposées, l'impossible de l'obéissance au commandement tel qu'édicté dans l'Ancien Testament, sauf à y ajouter le perfectionnement apporté par le Nouveau : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés", dit Jésus (Jean 15, 12).

Ce qui est vrai de la longue histoire d'Israël – le basculement de l'Ancien dans le Nouveau – se vérifie pareillement dans le parcours d'une vie, toutes les fois qu'un homme ou une femme arrive à ce point décisif de son histoire qui marque à ses yeux l'échec de toutes ses tentatives d'aimer selon la Loi… celle de Dieu comme celle des hommes. Or c'est cet échec même, et le long effort qui l'a précédé, qui précisément constitue le point de passage vers cette autre forme d'aimer "comme Jésus a aimé". Il, ou elle, change alors de régime et, laissant derrière soi la loi, accède enfin à la foi :

"Ainsi l'Écriture a tout enfermé sous la domination du péché, afin que ce soit par la foi en Jésus Christ que la promesse s’accomplisse pour les croyants […] La loi a été comme un pédagogue pour nous conduire à Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi. La foi étant venue, nous ne sommes plus sous ce pédagogue. Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus Christ" (3, 22 ; 24-26),

professe Paul dans sa Lettre aux Galates.

À la différence de la Loi qui s'apparente à la contrainte, la foi se résoud dans  la confiance, elle est un compagnonnage. L'homme n'y est plus seul, il y reçoit l'amour en héritage. "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis", lit-on dans l'évangile de Jean (15, 13). Or le mot employé en grec pour dire "donner" sa vie se traduit littéralement par "coucher" sa vie – on dit du catcheur qui refuse le combat qu'il "se couche". Alors que "donner sa vie" sonnait à nos oreilles comme héroïque et le fruit d'un acte volontaire, "coucher sa vie" revient à abdiquer toute forme d'effort pour "se livrer", selon le mot de Thérèse Couderc1. Dans le même mouvement, c'est renoncer à faire d'autrui un adversaire.

Aimer ainsi se vérifie quand vient l'offense2, laquelle ne blesse que celui qui s'agrippe à sa vie pour la défendre, alors qu'en aucun cas elle n'atteint celui qui est déjà à terre et s'y maintient. Cela se nomme "humilité". Qui a "couché sa vie" n'a plus peur et, n'étant plus séparé, peut enfin aimer autrui comme soi-même et comme Jésus a aimé.

                                                                   Viviane de Montalembert 10 20  
____________________

1. Thérèse Couderc (1805-1885), canonisée le 10 mais 1970 par le pape Paul VI, est la fondatrice de l'Œuvre du Cénacle dédiée à l'organisation des retraites spirituelles pour chrétiens adultes.

2. Voir Luc 6, 27-36 : Bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent […] Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment…

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